Il serait sûrement le premier à faire le con au milieu de la trentaine d’artistes de tout poil qui, une semaine par an, raccrochent au vestiaire leur ego et leurs contrats pour participer à ce show, devenu un rendez-vous très attendu. Bien sûr, il ne se gênerait pas pour engueuler les pouvoirs publics de ne pas avoir, depuis le temps, pris le relais. Avec ses mots à lui, qui sont ceux de l’homme de la rue, il raillerait, fustigerait, en appuyant fort là où ça fait mal. Avec son regard attendrissant de chien battu, qui ne craint pas de la ramener, il continuerait à faire marrer les foules, conquises par des vérités qui ne sont pas de gauche ou de droite, mais simplement les bases d’une humanité qui se respecte.
En même temps, ces concerts d’un autre genre, au-delà de l’aspect caritatif dont ils sont l’excellent vecteur, sont devenus une véritable institution. Le club de plus en plus large des chanteurs, professionnels ou non, qui rejoignent ce spectacle bon enfant, mis en scène avec humour par le très modeste Jean-Jacques Goldman, prolixe en refrains à succès, réussit le tour de force de rassembler toutes les générations et toutes les classes sociales, qui répètent en cœur et le sourire aux lèvres, qu’« aujourd’hui, on a plus le droit ni d’avoir faim ni d’avoir froid ». Comment ne pas se rallier à une formule, qui en plus de rimer, nous concerne tous ?
Les politiques rêveraient d’une telle unité, d’une grand-messe aussi joyeuse, d’une telle émotion partagée.
Un sentiment semblable à la déflagration enthousiaste engendrée par un but de génie qui fait la différence, et fait entrer une équipe multicolore, que le bon peuple se réapproprie sans complexe, dans la gloire inespérée de la victoire d’une coupe du monde de football. Ce moment unique où le bonheur irradie les visages dans un stade à l’unisson, et efface les haines et les ségrégations dans une fraternité palpable, même si elle se révèle vite terriblement éphémère. Car le sport, capable de provoquer l’allégresse la plus enivrante, peut aussi attiser les haines mal contenues de ceux qui refusent les règles du jeu. La musique, elle, en touchant la sensibilité de chacun, a le talent suprême d’apaiser les malentendus, de renouer des liens qui s’effilochent. Elle réussit à convaincre, mieux que des discours, mieux que des prêches, mieux que des leçons de morale. Son influence bienfaitrice, qui permet, le temps d’une chanson, de se tenir la main, n’a pas d’effets secondaires néfastes, sauf, peut être, de n’être malheureusement pas durable au quotidien. Sur scène, ou au milieu d’un public qui ne sait plus comment manifester sa satisfaction d’en avoir autant pour son argent, les célébrités, remises à niveau, laissent libre cours à leur fantaisie, à leur spontanéité et partagent ouvertement leur plaisir de se lâcher pour une cause évidente. Quand le maître d’école cache un tutu sous sa veste de costume, les souris peuvent danser en riant. Du coup, dans ce spectacle, comme le désirait le premier des enfoirés, il y a davantage qu’un « peu de pain et de chaleur », il y a du cœur. À mettre dans toutes les assiettes.
Lilas Spak





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