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Questions de justice

Interview

Interview choc : Le sénateur René Vestri s’explique


vendredi 5 février 2010

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Rencontre exclusive avec le sénateur René Vestri, maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat qui remet fermement en question l’information judiciaire le concernant dans une affaire qui a connu bien des rebondissements. L’élu ne mâche pas ses mots. Entretien.

Le Niçois : René Vestri, deux mois après le déclenchement de « l’opération mains propres » dans les Alpes-Maritimes, vous faites toujours la « une » des journaux et le Sénat a autorisé une mesure de cautionnement. Le juge Duchaine va sûrement vous entendre pour vous mettre en examen. Qu’allez vous lui dire ?

René Vestri : Le terme « d’opération mains propres » a été inventé par souci de faire vendre du papier sans retenue, ni équité, tant à mon égard, qu’a celui des autres protagonistes.

Le Niçois : N’est ce pas un peu facile de parler de déstabilisation ? Des découvertes ont été faites dans des coffres vous appartenant et le maire de Beausoleil, Gérard Spinelli, est toujours en détention provisoire.

René Vestri : L’idée de départ, c’est de pratiquer un amalgame aux conséquences redoutables pour ma réputation. Ceux qui s’y sont essayés vont être servis. Je vais vous expliquer. Tous les complices ont joué leur rôle avec zèle, chefs de promotion, indicateurs…. Ensuite, on met en garde à vue des personnes soupçonnées d’appartenir pour l’un à la mafia, pour l’autre au grand banditisme. Dix heures après, le « mafieux » est libéré, innocenté. On apprend qu’il a une entreprise depuis 10 ans en France, et qu’il travaille au vu et au su de tout le monde. Le fiché au grand banditisme sort aussi, étonné. « Je ne comprends rien », dira-t-il Vingt-quatre heures après le début de l’opération de police, on sait qu’il n’y a pas de mise en cause des deux personnages « sulfureux ». Mais pour justifier alors de la suite, on fait dire que c’est parce que la justice italienne a signalé il y a deux ans la présence d’un ancien mafioso, M. Tagliamento, répondant au surnom de « l’araignée », lequel était surveillé et c’est depuis que tout cela s’est produit - mais cette version est fausse et je vais y revenir - et qu’à l’occasion de sa surveillance, des écoutes téléphoniques ont permis de découvrir un pacte de corruption présumé à propos de la tour Odéon à Monaco.

Pourquoi cette précision qui permet d’en remettre une couche médiatique ? Parce qu’il faut absolument préserver la compétence du JIRS de Marseille.

Le Niçois : Parlez-nous de la tour Odéon, de l’argent dans des coffres, et aussi des comptes off-shore…

René Vestri : La tour Odéon est dans la principauté. Je suis maire de Saint-Jean, pas de Beausoleil et encore moins de Monaco. J’imagine que si le prince Albert a décidé avec son gouvernement d’autoriser un projet comme celui-là, c’est qu’il s’est entouré de tous les avis possibles, y compris de celui de la commission franco-monégasque qui en principe se réunit pour les projets d’urbanisme touchant à la proximité de la frontière. Je n’ai donc aucun avis à formuler. En quoi suis-je concerné ? En rien.

Concernant l’argent, pour l’essentiel, il s’agit des sommes appartenant à mes filles et à ma femme. Étant marié sous le régime de la communauté universelle, ce qui est à ma femme est à moi et inversement. Je ne vais pas non plus me cacher derrière mes filles qui ont une quarantaine d’années et gèrent leurs vies. Mon beau-frère, le frère de ma femme, a légué une petite fortune à ses nièces et sœurs. Cet argent est le fruit d’une vie de travail.

Le Niçois : Quels sont vos liens avec Lino Alberti ?

R. Vestri : Avec sa compagne, Chantal Grundig, ils ont sauvé de la mort notre petite fille handicapée en permettant son évacuation sanitaire en urgence vers une clinique allemande. J’en aurai une reconnaissance éternelle. Lorsque ma femme, puis moi, avons eu un cancer, nous nous sommes réunis en famille et avons décidé de transmettre cet argent à nos enfants. À notre demande, Lino Alberti s’en est chargé en s’adressant à un professionnel monégasque qui s’est occupé de tout. Il ne s’agit de rien d’autre que d’argent gagné en travaillant par mon défunt beau-frère. Ce n’est donc pas du blanchiment.

Quant à l’argent dans le coffre de Saint-Jean Cap Ferrat, une grande partie est à ma femme, une autre à l’une de mes filles. Et une partie aussi vient de l’argent que nous avons gardé en espèces ma femme et moi après 40 ans de gestion de nos trois entreprises. Pourquoi ? Parce que ma femme a droit à une retraite de… 240 € mensuels. Elle, et elle seule, y avait accès. Je ne savais même pas combien il y avait dans ce coffre, qui n’avait rien de secret puisqu’il était loué à la banque et figure sur le relevé bancaire. Mais jamais je ne me suis rendu dans cette banque. Je suis incapable de vous la décrire. Chaque fois que vous allez au coffre, vous signez. Là encore, qui s’est donné la peine de le vérifier ?

Le Niçois : Connaissez-vous M. Tagliamento, alias « l’araignée »

R. Vestri : Je ne l’ai jamais rencontré, mais par contre, voilà ce que j’ai appris dans un rapport du Sénat intitulé : « les jeux de l’argent et du hasard en France » du 13 février 2002 :

Le blanchiment d’argent avec des casinos a incontestablement existé. Fin 1980, la tentative de prise de contrôle du casino de Menton a bien démontré et prouvé l’intervention de la Camorra. Tout y était, à commencer par une société écran (la Sofextour), dont les actionnaires étaient tous des prête-noms, contrôlée de fait par des intérêts italiens (Mr Gianni Tagliamento, collaborateur de Michel Zaza), des résidents monégasques et des représentants du milieu corse, dont J C Orsini et Jules Tramoni.

Cette affaire a, selon le ministère de l’Intérieur, signé la fin des intérêts italiens dans les casinos français. Depuis cette date, la fermeture en 1988, 1989 et 1991 de quatre casinos dans l’hexagone a sans doute parachevé ce travail.

Aujourd’hui, s’il persiste, ici où là, quelques soupçons de mouvements de capitaux suspects sur trois casinos, les concentrations dans les mains de plusieurs grands groupes hôteliers et touristiques, leur arrivée en Bourse, sont des facteurs favorables à l’assainissement de cette profession. Ce rapport est d’ailleurs accessible sur internet.

Voici encore ce que l’on peut lire à propos de ce dossier où apparaît M. Tagliamento, dans les colonnes de l’Express, un article appelé « le système niçois en accusation », publié le 25 novembre 1999, à propos des affaires qui dormaient à Nice avant l’arrivée du procureur de la République Éric de Montgolfier :

Les lenteurs de la justice niçoise sont contagieuses, comme l’incroyable affaire du casino de Menton le prouve. À la fin des années 80, rien ne va plus dans cet établissement de jeux. Le tribunal de commerce de Nice décide sa liquidation, pour en confier les clefs à une société sulfureuse. Derrière une façade respectable, elle regroupe des truands corses liés à la fameuse bande de la Brise de Mer et à des mafieux italiens. Un juge d’instruction marseillais, Jean-François Sampieri, va être amené à s’intéresser au dossier. Un ancien avocat en lien avec la Mafia lui révèle que l’attribution du casino aurait donné lieu à des pots-de-vin. Jean Bigarini, le liquidateur du casino, Jean-Claude Guibal, maire de Menton, et l’une de ses adjointes, Colette Jourdan, sont nommément mis en cause. Le juge Sampieri n’étant pas compétent pour instruire ces faits, la chambre d’accusation de la cour d’appel d’Aix-en-Provence est désignée en août 1991. Le 23 octobre 1991, une information pour « corruption passive », visant Jean Bigarini, Jean-Claude Guibal Colette Jourdan est ouverte au cabinet de Françoise Llaurens, conseillère à la cour d’appel. Que se passe-t-il à partir de là ? Rien, ou presque. Le 24 juin 1998, la chambre d’accusation d’Aix-en-Provence déclare tout bonnement « l’action publique éteinte par la prescription ». Elle explique dans son arrêt qu’« il y a lieu de constater qu’aucun acte n’a été effectué depuis le procès-verbal d’audition de témoin du 7 juillet 1992 ».

Là, encore, c’est vérifiable sur internet.

Mis à part le fait que l’on a menti en disant ces dernières semaines à tout le monde que M. Tagliamento avait fait l’objet d’un signalement de la police italienne il y a deux ans, en 2007, alors qu’il est connu depuis 1991 chez nous… Qui a requis au tribunal de commerce de l’époque pour que le casino de Menton soit attribué à la fameuse Sofextour dont faisait partie M. Tagliamento, le supposé mafieux ? René Vestri ? Non, le procureur de Nice de l’époque qui s’est déplacé en personne au tribunal de commerce pour requérir en faveur de la Sofextour de M. Tagliamento.

Quel maire a été mis en cause par une instruction judiciaire menée par la juge Llaurens pour corruption passive à l’occasion de ce dossier où l’on trouve la mafia, la vraie, la bande corse de la brise de mer, les gangsters corses ? Sûrement pas moi !

Le procureur de Montgolfier le sait d’autant mieux qu’il a le dossier de la Sofextour dans les archives du TGI de Nice et qu’il lui est facile de vérifier son contenu et de savoir qui connaît M. Tagliamento.



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