Éric Naulleau : « Il fallait que la critique se taise »

Ça a balancé à Nice, mercredi 18 janvier ! Éric Naulleau, ancien bras gauche de Laurent Ruquier dans « On n’est pas couché », était l’invité du Centre universitaire méditerranéen (CUM). Le thème : la moralité publique et le système médiatique. Juste avant d’entrer dans l’arène, le tonton flingueur du Paysage audiovisuel français (PAF) a accepté de baisser les armes.
Rencontres polémiques avec Eric Naulleau », n’est-ce pas un peu racoleur comme thématique ?
Éric Naulleau : C’est un peu abusif ! La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas de moi (rires). La polémique pour la polémique ne m’intéresse pas. Je ne la recherche pas, mais je ne l’esquive pas non plus !
François Bayrou a récemment déclaré vouloir « reconstruire la morale publique pour une politique honnête ». C’est justement le thème du débat. Qu’en pensez-vous ?
E.N. : Tiens, je ne savais pas que j’étais « bayrouiste » (rires) ! Je ne m’intéresse, en réalité, qu’au côté culturel de la chose. À cause de gens qui ne supportent pas la contradiction et la pluralité d’opinion, on a de moins en moins le droit à la critique culturelle. On n’aborde pas assez le sujet !
Pour ce qui est du « système médiatique », un sondage réalisé en 2002 pour Marianne indique que 80% des journalistes sont de gauche. Est-ce grave ?
E.N. : Le pourcentage peut paraître extravagant mais c’est la réalité. Le vrai problème n’est pas tant qu’ils soient de gauche. C’est surtout qu’ils racontent la même chose !
Bien avant que le CSA ne s’en mêle, Laurent Ruquier se refusait toujours à inviter les représentants du FN dans l’émission. Est-ce digne d’un animateur télé du service public ?
E.N. : Ma position sur le sujet est simple : si un parti est légal, la venue de l’un de ses représentants sur un plateau est légitime. À sa place, je l’inviterais sans discussion ! C’est quand même extraordinaire que Marine Le Pen ait le droit de briguer la plus haute fonction de l’État sans être invitée à un talk-show politique. Laurent est pourtant un garçon intelligent. Je pensais qu’il changerait d’avis.
Dans l’émission « Zemmour & Naulleau » sur Paris Première, vous êtes parvenus à  relancer l’intérêt du débat politique en période d’abstention. Avez-vous conscience de participer au processus d’élaboration d’une certaine morale ?
E.N. : Pas vraiment ! Et pour cause, Zemmour et moi représentons quelque chose qui nous dépasse. Nous ne comprenons pas vraiment. C’est assez étrange !
Au mois de mars 2011, l’hebdomadaire Le Point faisait tout de même sa Une en titrant « La droite Zemmour ».
E.N. : Pour le coup, c’est différent ! Cela tient surtout au fait qu’il ait accepté, l’an dernier, une invitation de l’UMP à s’exprimer sur les lois qui encadrent la liberté de pensée. Ce jour-là , il a franchi la barre. C’était une erreur de sa part !
Pour ce qui est de votre éviction de France 2, restez-vous convaincu d’avoir été victime de pressions politiques ?
E.N. : J’ai entendu plus d’une dizaine de versions à ce sujet. Mais que le procès de Zemmour ait posé un problème politique me paraît évident ! Pour ma part, j’ai complété le ticket. L’establishment culturel ne voulait plus envoyer ses poulains au casse-pipe. Il fallait que la critique se taise au profit des campagnes de promo. Mais je vous rassure : j’ai déjà tourné la page !
En réponse à vos critiques, nombreux sont ceux qui vous ont taxé d’artiste manqué. Qu’en pensez-vous ?
E.N. : Je leur propose d’aller essayer de dire ça à ceux qui ne disent que du bien de leurs livres. Je suis certain qu’ils trouveraient ça curieux !
Quand allez-vous enfin leur prouver qu'ils ont tort en vous attelant à l’écriture d’un premier roman ?
E.N. : J’ai quand même déjà écrit cinq ou six livres sous forme d’essai ! En France, je sais, on a le culte du roman… Or, il y a tout autant de littérature dans un pamphlet ! Mais pour tout vous dire, j’ai un roman en cours. C’est quelque chose que je traine depuis quelque temps.
Quel sera le sujet traité ?
E.N. : Il sera en partie autobiographique, comme tous les romans. Mais vu que je n’en ai pas encore achevé l’écriture, je n'en dis pas plus. Avec toutes les casseroles que je traine, je n’ose même pas imaginer l’accueil (rires) ! Les gens s’en serviraient comme règlement de comptes. C’est inévitable ! Mais je ne le redoute pas.
Pourriez-vous indiquer à nos lecteurs quels sont les livres à ne surtout pas acheter en cette rentrée 2012 ?
E.N. : « L’hypothèse des sentiments » de Jean-Paul Enthoven est assez redoutable ! Comme mauvais livre pour l’instant, je ne vois que ça. La vérité, c’est que j’essaye de ne pas trop en lire (rires). Sinon, je viens de terminer la lecture de « Claustria », roman de Régis Jauffret sur l’affaire Fritzl (NDLR : Autrichien ayant torturé sa fille durant 24 ans). Celui-là , par contre, je le recommande !
Propos recueillis par Olivier Porri-Santoro


