Alain Bideaux, notre meilleure mascotte

Alain Bideaux est l’un des personnages les plus attachants de la scène musicale niçoise. Il était le 16 mars dernier au casino de Menton pour chanter devant près de 300 personnes. Ce qui n’était que le début d’un long retour. Rencontre.
Alain Bideaux est notre « meilleur médicament » ! Avec son air farceur et son rire contagieux, ce Niçois de 70 ans continue de semer la bonne humeur partout où il passe. En témoigne ceux qui l’ont déjà vu arpenter les rues du centre-ville à bord de son triporteur quand il officiait encore au carnaval de Nice sous le nom de Valentin Ier, « le seul Roi que l’on ne brûle pas »…
Quant aux plus malchanceux, ils auront sûrement aperçu des clichés de lui placardés sur les murs du poste de Police de la Condamine, endroit où se trouve « un mini-musée fabriqué en son honneur ». Qu’on le veuille ou non, l’homme est une mascotte. On lui donnerait, qui plus est, le bon Dieu sans confession. D’autant plus qu’il ne se fait jamais prier longtemps pour enfiler sa soutane de Don Camillo…
Plus de 40 ans de carrière
Au premier abord, il va pourtant de soi que ce petit moustachu au crâne dégarni ne paie pas de mine au volant de sa fourgonnette. Il n’empêche qu’il compte, à ce jour, plus de quarante ans de carrière au compteur. Ses proches amis ne sont autres que feu-Carlos ou bien… B.B King. Rien que ça ! La raison : quand il ne colle pas des affiches à Monaco, Alain Bideaux est lui-même tête d’affiche.
Il s’agit là , en effet, d’un chanteur aux textes décalés qui passe le plus clair de son temps à écumer les plus belles scènes des Alpes-Maritimes.
« J’ai toujours chanté de la variété française, même quand ma mère me donnait le biberon », soutient-il avec bonhomie, tout en imitant le cri du nourrisson. Le pied sur l’accélérateur, il n’entend donc pas encore stopper sa course. « Un prochain concert sera justement donné le 29 juin prochain dans la grande salle du Casino Ruhl de Nice », annonce-t-il avec fracas, tout en tirant le frein à main de sa voiture pour exhiber aux passants un tee-shirt à son effigie.
Rire pour le meilleur
Pour marquer le coup, l’interprète de l’inoubliable « Tout ça, c’est du français » nous revient aussi avec un nouveau tube : « Rire, rire, rire ». « Celui qui rit 20 minutes par jour vivra jusqu’à 100 ans », préconise, au passage, celui qui signe toutes ses chansons par des pointes d’humour. Comble de l’ironie : son entière carrière est basée sur une blague.
« Quand j’étais jeune, j’étais tellement admiratif devant Johnny Hallyday que je n’osais pas pousser la chansonnette », explique Alain Bideaux. « Ce qu’il faisait était prodigieux ! Tant et si bien que je ne savais pas comment faire pour grimper à son niveau ». Pour y arriver, il pouvait cependant compter sur ses amis.
Le déclic fraîcheur
Un soir de janvier 1965 au « Santa Lucia », un ancien restaurant de la capitale azuréenne, Alain Bideaux tombe dans un guet-apens. Tous l’agrippent et l’obligent alors à se hisser sur la scène afin d’y interpréter « Pour une amourette » de Lény Escudero.
« Et là , surprise, je l’ai fait ! Je m’en suis si bien sorti que j’ai soudain ressenti le déclic intérieur qui m’a enfin fait passer du simple désir à la pratique », se souvient l’artiste qui remportera ensuite plus d’une trentaine de concours de chant. « Moi qui ne demandais qu’à grimper, on m’a donc hissé. Tout un symbole », se remémore-t-il, les yeux brillants.
« Je suis un autodidacte »
« Cela étant, je suis un autodidacte comme Christian Estrosi », résume celui qui voue un culte à l’ancien maire de Nice, Jacques Médecin. Grâce à lui, il se fait d’ailleurs mécène en fondant, dès 1988, « L’Aigle de Nice », une association qui œuvre pour la reconnaissance des artistes. Et depuis, Alain Bideaux a vaincu sa timidité. « Aujourd’hui, je rentre sur scène comme dans un moulin à vent ! ».
Son allégresse est justement devenue sa marque de fabrique. Et autant dire qu’il en profite. « Si bien que si des policiers me voient garé en double-file, ils disent souvent "Ah, mais c’est Bideaux ! Alors ça va ! " ». Pour mémoire, il est l’auteur de « Les C.R.S », une chanson qui rend hommage aux forces de l’ordre…
La tactique d’Alain Bideaux
C’est là une gentillesse qui ne va pas sans trahir une réelle admiration pour Bourvil, l’interprète de « La tactique du gendarme » à qui il voue un culte. Bonne nouvelle pour ceux qui désirent en savoir plus : au mois de juin sortira « Sur le chemin du vedettariat », un livre qui retrace sa vie de 1942 à 1988.
Pourquoi cette époque plus qu’une autre ? « 1988 est l’année de mon mariage, et le fait est que je n’avais nullement envie de parler de Guillemette, ma femme », note-t-il par boutade. Avant d’expliquer, tout sourire : « En réalité, je garde le meilleur pour le second tome ». Sacré Alain !
Olivier Porri-Santoro


