Bayrou peut-il revenir ?

Traversées du désert. Personne n’y a échappé : tous les prétendants sérieux à l’Elysée ont vécu leur quart d’heure de solitude extrême avant d’être finalement élus. Ignorés par la presse, abandonnés par les courtisans, lâchés par leurs amis, ils sont mis en quarantaine médiatique.
A la fin des années 70, François Mitterrand n’était plus le favori des pronostics pour la présidentielle de 1981 : après ses deux échecs de 1965 et 1974, le premier secrétaire du PS de l’époque était sérieusement concurrencé par Michel Rocard. Celui-ci s’est finalement effacé pour laisser la voie libre à… François Mitterrand. Jacques Chirac a eu, lui aussi, un itinéraire politique en dent de scie. Pendant l’hiver 1994, personne ne misait un kopeck sur les chances du président du RPR de succéder à François Mitterrand à l’Elysée. Le favori s’appelait Edouard Balladur. Huit mois plus tard, Jacques Chirac était élu, après deux vaines tentatives en 1981 et en 1988.
Plus récemment, Nicolas Sarkozy a mis beaucoup de temps à revenir en grâce à droite après l’échec de son mentor, Edouard Balladur. L’actuel chef de l’Etat a vécu, lui aussi, sa période de purgatoire. Pendant plusieurs années, il a été considéré comme persona non grata à droite. Son retour au gouvernement en 2002 a consacré le début de son ascension vers la magistrature suprême.
Et si François Bayrou se classait dans cette catégorie-là ? A n’en pas douter, le président du Modem n’a pas désespéré de créer la surprise en 2012. Il continue de penser que sa troisième candidature, comme pour Chirac et Mitterrand, sera la bonne. Son analyse n’a pas varié : l’électorat de droite s’est éloigné durablement de Nicolas Sarkozy ; la gauche n’a pas fait émerger de leader incontesté et incontestable ; Jean-Louis Borloo renoncera au dernier moment à être candidat pour négocier avec le président sortant.
Affaibli mais courtisé. Le pari semble toutefois compliqué. Si François Bayrou reste une personnalité politique appréciée des Français (du moins dans les sondages), le Modem, lui, n’a pas réussi à s’imposer comme un parti qui sait gagner des élections. Lancé au lendemain de la performance (18%) réalisée par son leader à la présidentielle de 2007, il s’est abîmé d’échec en échec. Du coup, les rangs démocrates se sont sérieusement clairsemés. Les rares élus centristes qui n’avaient pas choisi de rallier Nicolas Sarkozy au second tour du scrutin présidentiel ont, depuis, pris leurs distances. Des fidèles se sont éloignés. Force est de constater qu’il ne reste plus grand-monde autour de François Bayrou.
Paradoxalement, François Bayrou, aujourd’hui affaibli, est toujours surveillé du coin de l’œil par l’Elysée. Nicolas Sarkozy semble ménager le patron du Modem dans la perspective de la présidentielle. Or, le chef de l’Etat aura besoin d’élargir son assise électorale pour pouvoir être réélu. De son côté, François Bayrou, qui s’est éloigné d’un PS arc-bouté sur sa stratégie d’alliance avec les Verts et la gauche de la gauche, ne pourra pas se permettre de rester cinq ans de plus dans l’opposition. Bayrou est aussi courtisé par les… centristes rassemblés dans l’Alliance Républicaine, Ecologiste et Sociale née le week-end dernier à Epinay-sur-Seine. Il y a quelques jours, la famille démocrate-chrétienne s’est retrouvée lors de l’inauguration des nouveaux locaux du Modem, rue de l’Université à Paris. Les anciens ministres UMP Pierre Méhaignerie et Bernard Bosson ainsi que le sénateur de la Mayenne, Jean Arthuis, étaient présents. Jean Arthuis précisément qui refuse de rejoindre Jean-Louis Borloo dans son Alliance si François Bayrou n’en est pas. « La danse du centre », comme l’avait lui-même dit François Bayrou, ne fait que commencer.
Romain Thomas







