Chirac, le retour

Corrèze et radical-socialisme. La plaisanterie de Jacques Chirac n’a rien de drôle. Personne n’est dupe : l’ancien président de la République a sans aucun doute dit vrai lorsqu’il a confié, samedi dernier, à François Hollande qu’il voterait pour lui s’il était désigné par le PS pour l’élection présidentielle de 2012. « De l’humour corrézien entre républicains qui se connaissent depuis longtemps », a corrigé dès le lendemain Jacques Chirac. Peine perdue. La machine s’emballe.
On sait depuis longtemps que les deux hommes s’apprécient. Jacques Chirac retrouve chez François Hollande la tempérance radicale-socialiste propre à la Corrèze et au sud-ouest. Un radical-socialisme, mélange de bonhommie et de pragmatisme, qui a fait sa force pendant de très longues années… Dans le deuxième tome de ses Mémoires, l’ancien chef de l’Etat salue également les qualités d’
« homme d’Etat » du président du Conseil général de la Corrèze.
Voilà l’ancien premier secrétaire du PS quasiment adoubé par le prédécesseur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. A très court terme, le clin d’œil chiraquien l’embrasse incontestablement. Le tout sauf Hollande va reprendre de plus belle. Mais, à plus long terme, François Hollande pourrait bien tirer profit de cette situation baroque. Le soutien implicite de Chirac montre qu’il est en capacité de rassembler bien au-delà de sa propre famille politique. Un atout décisif dans une campagne présidentielle.
De son côté, Jacques Chirac n’a pas oublié que François Mitterrand avait observé avec une grande bienveillance sa troisième candidature à l’élection présidentielle en 1995. Le président socialiste s’était alors contenté du service minimum pour soutenir le candidat désigné par son parti, Lionel Jospin. Quelques uns de ses proches – Pierre Bergé, Frédéric Mitterrand– avaient publiquement appuyé un Chirac défié par son ami de trente ans, Edouard Balladur. En coulisses, François Mitterrand, pourtant rongé par la maladie, avait donné quelques signes d’encouragement à celui qu’il avait affronté à deux reprises, en 1981 et en 1988.
Sarkozy encerclé par les chiraquiens. La rupture ? Quelle rupture ? Nicolas Sarkozy ne termine pas son quinquennat comme il l’a commencé. En 2007, le nouveau président invite les fidèles de Jacques Chirac à une traversée du désert. Comme Chirac avait mis au placard les balladuriens en arrivant à l’Elysée en 1995…
Exit les ministres François Baroin et Christian Jacob. Dominique de Villepin est poursuivi par Nicolas Sarkozy dans l’affaire Clearstream. Alain Juppé démissionne au bout d’un mois, contraint et forcé après son échec aux législatives à Bordeaux. Michèle Alliot-Marie parvient malgré tout à sauver sa place dans l’équipe Fillon. Seul Jean-François Copé s’en sort alors honorablement. Non pas que la présidence du groupe UMP à l’Assemblée nationale qui lui est proposée soit un cadeau. Mais, habile et méthodique, le député-maire de Meaux a su en faire un véritable outil politique.
Quatre ans plus tard, le paysage politique à droite a changé du tout au tout. Brice Hortefeux, Patrick Devedjian et Christian Estrosi, les sarkozystes historiques, ont été priés de prendre la porte du gouvernement. Désormais patron du parti présidentiel, Jean-François Copé s’est rendu incontournable pour la prochaine présidentielle. Le ministre du Budget, François Baroin, et son homologue de l’Agriculture, Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, jouent désormais un rôle clé en Sarkozie : le premier pourrait bientôt remplacer Christine Lagarde à l’économie et le second est chargé de la rédaction du projet présidentiel pour 2012.
Quant à Alain Juppé, il revient de loin. « La roue tourne », a l’habitude de dire le ministre des Affaires étrangères après plusieurs années de purgatoire politique et médiatique. Le numéro deux du gouvernement fait la démonstration de son grand talent depuis qu’il a repris en main un quai d’Orsay brinquebalé par l’expérience Kouchner et affaibli par les maladresses de Michèle Alliot-Marie.
Copé, Baroin, Le Maire, Juppé… L’équipe de campagne du candidat Nicolas Sarkozy en 2012 ne ressemblera pas à celle de 2007. Oui, la roue tourne…
Romain Thomas







