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Christophe Alévêque : « L’abstention est le vrai parti majoritaire »

Christophe Alévêque : « L’abstention est le vrai parti majoritaire »

Christophe Alévêque, l’humoriste plus connu pour ses joutes verbales que pour ses flagorneries, était à Nice, lundi dernier, pour son dernier spectacle. Caché sous les traits de Super Rebelle, candidat virtuel à la présidentielle, il a tenu un faux meeting de campagne à la terrasse d’un restaurant sur le port. Pour Le Petit Niçois, il ôte le masque mais garde sa cape. Au programme : un tour d’horizon de l’actualité politique.

Le Petit Niçois : Pas trop déçu que le député-maire de Nice, Christian Estrosi, ne soit pas venu à votre rencontre ?

Christophe Alévêque : Je ne suis pas déçu, je suis extrêmement déçu (rires) ! Il aurait dû tenir son rôle d’élu et venir me serrer la pogne. C’est quand même la moindre des choses ! Surtout qu’on aurait posé ensemble pour des photos… C’est dommage !

LPN : Quelle sera ce soir la mission de Super Rebelle sur les planches du Théâtre National de Nice (TNN) ?

C.A: Faire marrer les gens parce qu’ils n’ont pas le moral ! C’est une mission de salut public. Mon challenge : arriver à les faire rire avec ce qui les plombe : la politique.

LPN : De fait, comment définiriez-vous votre dernier spectacle ?

C.A : C’est une vraie thérapie démocratique !

LPN : Oui, mais encore ?

C.A : C'est-à-dire que l’on s’y fait du bien avec ce qui nous fait mal. Avec moi, on n’élude pas les problèmes. On rentre dedans et on crève l’abcès ! Quand on a peur de l’avion, on prend des leçons de vol. Et quand on peur de l’avenir, on prend des leçons de présent. C’est mon spectacle !

LPN : Vous dites être un « décodeur médiatique ». Expliquez-nous…

C.A : J’essaye juste de décrypter l’actualité au moment où tous les candidats jouent avec outrance la carte de la peur. Nicolas Sarkozy joue avec la peur de la gauche, François Bayrou joue avec la peur de l’endettement et les écolos jouent avec la peur du nucléaire… Tous sont dans un registre anxiogène !

LPN : Si Super Rebelle est élu Président de la République, quelle sera sa première décision ?

C.A : Faire supprimer les présidentielles ! On a coupé la tête de Louis XVI pour remettre un roi à la place. On est complètement cons (sic) !

LPN : Vous êtes donc toujours en guerre contre le président Zébulon et son fils Blond-Blond…

C.A : Oui, sauf que ça c’est Christophe Alévêque… Super Rebelle, lui, plane au-dessus de tout ça. Mais quand ça le chante, il fiente (rires)!

LPN : Pour vous, « la mise en scène politique remplace souvent le manque de texte ». Entendez-vous par là que pourriez très bien, en tant que comédien, faire un bon politique ?

C.A : Quand je fais mes revues de presse et que je présente un pseudo-programme, ce n’est pas pire que ce que font les vrais politiques ! Le chiffrage des programmes et des réformes, c’est à se pisser de rire (sic). Le pire, c’est quand on pense que ce sont des mecs qui sortent de l’ENA…

LPN : Est-ce donc là une « candidature pédagogique » à la Jean-Pierre Chevènement ?

C.A : Non ! Les gens font ce qu’ils veulent, cela ne me regarde pas. J’essaye juste d’être une caricature de candidat et de faire comme les vrais mais en pire. Et croyez-moi, ce n’est pas facile (rires) !

LPN : Quel avis portez-vous sur la qualité du débat politique actuel ?

C.A : Il est au niveau zéro ! On est quand même passé de la violence en banlieue en 2007 à… la viande hallal. Pour moi, cela ne s’est pas arrangé… C’est encore plus ridicule ! C’est ce que j’appelle des épouvantails à cons qui nous détournent des vrais problèmes.

LPN : En même temps, ce genre de thèmes d’actualité vous donne du grain à moudre…

C.A : Pour Super Rebelle, évidement que c’est du grain à moudre. Mais pour les citoyens, c’est tout bonnement pathétique !

LPN : En 2009, vous accusiez la gauche française d’être « la plus nulle du monde ». Maintenez-vous vos propos en cette année éléctorale ?

C.A : Cette fois, les socialistes ont quand même fait preuve d’intelligence vu qu’ils ont enfin réussi à s’entendre…Vu le bilan déplorable de l’ancien gouvernement, même un robot avec un post-it où il est inscrit « changement » serait élu ! Le PS y arrive, en général, tous les 30 ans. C’est ce qui avait fait la force de Sarkozy en 2007. Tous derrière, lui devant. L’avantage, c’est qu’on voyait tout le monde (sic)…

LPN : Vous avez reproché au footballeur Zinedine Zidane de n’être « qu’un panneau publicitaire ». En prônant si ouvertement l’anti-sarkozysme, n’êtes-vous pas, vous même, un panneau publicitaire pour la gauche ?

C.A : … On est pétri de contradictions, c’est vrai ! La perfection n’existe pas… Dans tout ce que je dis, il y a plein de subjectivité et beaucoup de mauvaise foi. Mais si cela avait été Ségolène Royal, j’aurais fait exactement le même boulot ! Et si c’est François Hollande qui passe, ce sera pareil. Ce qui compte, c’est de s’attaquer au pouvoir !

LPN : à ce propos, qu’en est-il de ce soit disant sondage qui montre que vous seriez crédité à 18% des intentions de vote ? Info ou intox ?

C.A : C’est un vrai sondage réalisé à ma demande par Harris Interactive ! Lequel montre, au passage, que dans les 70% des suffrages exprimés pour élire le président, celui-ci n’est élu que par 25% d’entre eux... Ce qui montre bien que l’abstention est le vrai parti majoritaire ! Voilà pourquoi j’ai envie que le système démocratique change !

LPN : Avez-vous déjà reçu des menaces ?

C.A : Oui, mais que de petites intimidations ou des messages à la con… Je m’en fous ! J’ai prévu de ne faire que du théâtre à partir de la rentrée 2012. Après, trois spectacles en six ans, j’en ai un peu marre…. Passé le 6 mai à 20 heures pétantes, Super Rebelle n’existera plus !

LPN : Vos ennuis avec Zinedine Zidane vous ont-ils contraint à pratiquer l’autocensure ?

C.A : Pas du tout ! De toute façon, on verra bien le résultat du procès… D’autant plus que son avocat l’a très mal défendu ! Il a même failli annuler le procès la veille quand il s’est rendu compte que l’on ne peut pas me faire un procès pour injure étant donné que ce que je disais n’était pas gratuit ! Juridiquement, cela ne tient pas la route.

LPN : Maintenez-vous que « l’humour ne va jamais trop loin » ?

C.A : La différence est justement entre l’injure et la diffamation. Si c’est pour traiter un mec de con gratuitement, je ne vois pas l’intérêt. Il faut qu’il y ait une base réelle et que cela soit argumenté !

LPN : Vous avez été jusqu’à défendre Dieudonné…

C.A : C’était au début. Mais on ne m’y reprendra plus ! Dieudonné ne m’intéresse plus.

LPN : A trop vous positionner, ne craignez-vous pas de vous mettre à dos certains fans ?

C.A : Tant pis ! Si on réfléchit à tout ça, on ne fait plus rien… Sinon on fait un sketch sur sa fleuriste ou sur sa mère. Moi, j’ai envie de me regarder dans la glace le matin et d’être fier de moi. C’est ma nature !

LPN : à l’époque où vous étiez chroniqueur dans l’émission de Laurent Ruquier, « On a tout essayé », vous gagniez en moyenne 1 700 euros par émission. Peut-on vraiment être révolutionnaire quand on est un nanti ?

C.A : J’ai toujours fait partie des cons qui sont contents de payer des impôts en France.

LPN : Seriez-vous donc prêt, comme Laurent Ruquier, à en payer plus ?

C.A : Aucun problème !

Propos recueillis par Olivier Porri-Santoro

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