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Christophe Pinna, la fierté des nôtres

Christophe Pinna, la fierté des nôtres

Christophe Pinna, quadruple champion du monde de karaté, est toujours de la partie ! Douze ans après la fin de sa carrière de compétiteur, il continue de mouiller le kimono et le maillot. Nous l'avons suivi dimanche dernier, hors du tatami et loin des caméras. Il nous a fait découvrir son quotidien.

La ville de Nice s’éveille doucement. Il est 8 h 20. Sur le boulevard Carnot, derrière le port, seul un cliché géant de six mètres de hauteur, mettant en scène le « Niçois volant » en train d’exécuter un parfait high kick, fend l'horizon. Le rendez-vous avec lui est fixé devant Nice Elite Sport, un club où il a longtemps enseigné les secrets des arts martiaux. 8 h 30 : le Niçois d’origine italo-corse surgit, tout sourire, au volant de son véhicule tout-terrain, noir métallisé.
Se lever tôt en ce sacro-saint dimanche lui importe peu. « Je fais du sport tous les jours », rassure ce dernier.

Ce sanguin typé méditerranéen s’apprête à fêter ses 44 ans le 18 mars prochain, il n’a donc rien perdu de sa superbe. C’est rassurant ! « D’ailleurs, je n’ai plus été malade depuis dix ans », fait-il savoir tout en touchant du bois. Il a toujours la pêche et cela se sent ! En témoigne, d’autre part, le fait qu’il soit déjà en tenue de sport : une combinaison de course en lycra noir et vert fluo. Laquelle le fait ressembler à un personnage tout droit sorti d’un comics. De super héros, il va justement être question…

En mission humanitaire

Direction Saint-Jeannet ! En bon prince, le coach sportif attitré de la princesse Stéphanie de Monaco mais aussi de grandes stars internationales, a rendez-vous, dès 10 heures, au stade municipal. Endroit où il part entraîner gratuitement plus de soixante-dix personnes qui participeront, le 25 mars prochain, à « La 6e foulée des Baous », deux courses caritatives de 10 et 4,5 km organisées par l’association Ensemble pour Benoît destinées à aider les enfants atteints de cancers et à promouvoir le don de moelle osseuse.
« Je m’investis pas mal dans ce genre de petites actions humanitaires car je suis persuadé que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières », explique Christophe Pinna, d’une voix sèche, saupoudrée d’un accent niçois mâtiné de corse.

Heureux hasard : il croise, quelques minutes après, Joe Kals, un paraplégique de 50 ans qui, parti du Havre, tente de rejoindre la ville de Menton sur ses deux béquilles. « Certaines souffrances font que tu te sensibilises naturellement à certaines choses. Pour ma part, j’ai été conditionné par mon malheur », informe ce superstitieux qui n’hésite jamais à vider une salière par-dessus son épaule gauche. à 16 ans, le malheureux a perdu sa mère suite à une très longue maladie. « Le karaté n’est donc qu’une facette de ma vie. Mais je ne ressens pas le besoin de trop en parler. Car nul n’est prophète en son pays… ».

« Je suis l’opposé du people »

Tandis qu’il se fraye un chemin vers la Promenade des Anglais, il explique ne plus se sentir le bienvenu dans sa propre ville. « à Nice, beaucoup plus qu’ailleurs, on cherche à me gâcher le plaisir en m’accusant d’exploiter certaines causes pour me faire de la pub », regrette celui qui n’a pourtant plus rien à prouver. Depuis 18 mois, le Niçois n’est plus chargé de mission à la mairie de Nice mais consultant extérieur auprès de celle-ci et de grandes entreprises comme L’Oréal.

« Je suis l’opposé du people », insiste le coach. « Je mets d’ailleurs au défi quiconque de m’avoir déjà vu participer aux soirées parisiennes à l’époque où j’étais prof’ de sport à la Star Ac’ », déclare-t-il, en affirmant que le nombre de ses sorties en discothèque se compte sur les doigts d’une main. « Mais allez savoir pourquoi, les gens ne voient que le côté négatif… ». Un comble étant donné que son engagement dans la lutte contre la drogue et la délinquance juvénile lui a valu, en 1998, d’être élevé au rang de Chevalier dans l'Ordre national du Mérite… à contre-courant

à ce sujet, le sage évoque ce fameux soir de 2007 où il a surpris un cambrioleur dans sa salle de sport. Lequel avait alors tenté, à maintes reprises, de lui asséner des coups de tournevis. Après l’avoir neutralisé, il raconte avoir été pris à partie par des témoins de la scène. « Lesquels n’ont pas hésité à m’accuser d’exercer une violence gratuite », se souvient-il, encore abasourdi. « Aujourd’hui, j’ai la nette impression que les valeurs se sont inversées…

Cela étant, je ne me sens plus à l’aise dans cette société que je subis jour après jour ».

Voilà pourquoi il quitte rarement sa tenue d’athlète. Le sport est pour lui la seule échappatoire. « Quand tu gagnes une compétition, tu as au moins droit au respect ». à 14 heures, il rejoint, à cet effet, les terrains de Nice Lawn Tennis Club (LTC), aux abords du lycée du Parc impérial. Endroit où il doit entraîner des amis pour le tournoi du VIP Open de Tennis Nice Côte d’Azur 2012. Il se transforme, à cette occasion, en… professeur de tennis.

On n’oublie rien…

A 14 heures, quand Maryse, une vieille dame qui fut très proche de ses défunts parents à l’époque où la famille Pinna vivait à côté de l’école Saint-Sylvestre, débarque sans prévenir, il n’hésite pas à poser sa raquette. « Tu ne me reconnaîtras pas mais sache que tu m’as fait pipi dessus », lance-t-elle en souvenir de ses premières années. « Je vous explique : elle m’a sûrement gardé quand j’étais petit », poursuit alors Christophe Pinna pour rassurer, non sans humour, ses amis installés à la terrasse du LTC.

« Tu as le visage de ton père et la morphologie de ta mère », ajoute soudain Maryse, en prenant son visage entre ses mains. « Christophe, tu avais des parents exceptionnels ». Touché en plein cœur, il l’invite quelques minutes à une table, quitte à retarder les matchs. Comme quoi, les Niçois n’ont pas tous oublié les prouesses de ce héros local qui ne cesse de prendre de l’importance.

Retour au château

Dernièrement, il a même été question du retour de la « Star Academy », au mois de septembre prochain. Une émission dans laquelle il a officié quatre ans en tant que professeur de sport. C’est là un projet qui ne va pas sans lui déplaire lui qui dit avoir adoré inculquer les valeurs sportives à des jeunes comme Quentin Mosimann, lauréat de la septième édition du télé-crochet.

« L’émission m’avait, de fait, permis de sortir un peu de mon cadre habituel. Elle m’avait offert un vrai bol d’air frais », relate-il, tout en émettant pourtant un bémol. « Avec Endemol, nous n’avons fait qu’effleurer le sujet… ». Il faut dire que cela ne rentrerait pas dans le cadre de son nouveau projet de vie.

L’âge de raison

« En tant qu’expert mondial, je donne des cours partout dans le monde », rappelle celui qui, à peine rentré de Pologne, projette de partir à Timisoara, en Roumanie. « Je mène une vie de patachon depuis l’âge de 17 ans (sic) ! Sauf que j’ai maintenant une fille de 6 ans qui va bientôt entrer en classe de cours préparatoire (CP) », note Christophe Pinna. Avant d’ajouter, avec ferveur : « Ce qui fait que je ne peux plus me le permettre ». L’heureux père de famille se dit donc « en pleine réflexion ».

« Je n’ai pas vu grandir mes enfants issus de mon premier mariage », confesse-t-il. « Une chose est sûre : je ne commettrai pas les mêmes erreurs ! ». Bonne nouvelle : il se pourrait donc bien que l’un des plus grands karatékas de tous les temps reprenne, incessamment sous peu, sa carte de résident permanent à Nice. « Après dix ans d’absence, j’en profiterai enfin pour redonner des cours à la salle », annonce-t-il, avec un large sourire.

Autre « gros projet », il planche avec son ami Loïc Battesti, directeur régional du groupe Orpea, sur la mise en place d’un programme, élaboré par des chercheurs, qui permettrait aux personnes placées en maison de retraite de pratiquer des activités sportives spécifiques selon les pathologies. « Cela ouvrirait la voie vers la guérison », informe celui-ci.

18 h 30 : c’est l’heure du retour à la case Nice Elite Sport. Un constat vient alors à l’esprit : l’affiche à son effigie placardée sur la devanture est grande. Ce qui n’empêche pas qu’elle soit bel et bien à la hauteur de l’homme.

Olivier Porri-Santoro

LE PETIT NICOIS
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