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Comme « un coup de tonnerre »…

Comme « un coup de tonnerre »…

Un emballement médiatique ? Depuis dimanche matin, les mots nous manquent. Il y a encore une semaine, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, parlait d’égal à égal avec la quasi-totalité des chefs d’Etat du monde entier. Il y a encore une semaine, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances de Lionel Jospin se préparait à entrer en campagne pour briguer la magistrature suprême en France.

Seulement voilà, celui qui était présenté comme le favori de l’élection présidentielle de 2012 est aujourd’hui en détention à New York, présumé coupable d’agression sexuelle, accablé par sept chefs d’inculpation représentant au total une peine cumulative de 74 ans de prison !

Ahurissant. Invraisemblable. Inouï. Oui, les mots nous manquent. Et les mots n’ont pas forcément beaucoup de sens. Présomption d’innocence ? Trêve d’hypocrisie : ce beau et grand principe républicain ne résiste pas au déferlement d’images montrant un DSK menotté, K.O. debout au tribunal et, de fait, condamné médiatiquement avant d’avoir été jugé. D’autant que tout accusé un peu connu, pris dans les filets de la justice américaine, est embarqué dans une procédure spectaculaire qui se déroule sous l’œil des caméras.

Dans une affaire de cette nature, l’emballement médiatique est inévitable. Les journaux y consacrent des pages entières. Les 20h en font des éditions spéciales. Les chaînes d’infos font tourner les mêmes images en boucle. Editorialistes, journalistes, responsables politiques, avocats, spécialistes du droit sont convoqués sur les plateaux de télévision pour décortiquer, analyser et commenter, souvent sans apporter d’information nouvelle.

2002-2011. La langue de bois des hiérarques socialistes ne doit pas faire illusion : le PS vient de prendre un gros coup sur la tête. Martine Aubry n’a-t-elle pas elle-même parlé d’un
« coup de tonnerre » ? La première secrétaire du PS a repris exactement la même expression que celle de… Lionel Jospin, le 21 avril 2002, au soir de son élimination du second tour de l’élection présidentielle. C’est dire l’ampleur de l’onde de choc qui s’est abattue sur le principal parti de l’opposition !

Car les ténors socialistes attendaient DSK comme le messie. Les sages Michel Rocard et Jacques Delors se réjouissaient de lui passer le flambeau du réformisme social-démocrate. Laurent Fabius, qui a toujours rêvé de l’Elysée, acceptait de s’effacer. Ségolène Royal s’apprêtait à négocier pour se ranger sous sa bannière. Quant à Martine Aubry, elle s’accommodait de le laisser concourir dans une compétition pour laquelle elle n’a, jusqu’à présent, manifesté aucune appétence particulière.

Seul François Hollande s’était résolu à faire bande à part, avec d’ailleurs un certain succès. Le député de Corrèze s’est patiemment construit, ces derniers mois, une stature de présidentiable à tel point que les derniers sondages avant l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn en faisaient un challenger sérieux.

Une nouvelle donne. Une chose paraît d’ores et déjà acquise : quelle que soit l’issue de la longue procédure judiciaire qui s’engage, DSK ne sera pas en mesure de participer aux primaires organisées entre juin et octobre par son parti. Les cartes sont totalement redistribuées. La principale interrogation concerne Martine Aubry. La maire de Lille est d’ores et déjà poussée en coulisses pour « prendre ses responsabilités », c’est-à-dire se porter candidate au nom de l’unité du parti. Se laissera-t-elle convaincre ? En-a-t-elle envie ? Si la première secrétaire ne se présente pas, d’autres camarades pourraient se sentir pousser des ailes. Laurent Fabius, par exemple : l’ancien premier ministre serait ainsi libéré du pacte qui le liait à la fois à DSK et à Martine Aubry. Bertrand Delanoë aussi, lui qui a une revanche à prendre depuis son échec au congrès de Reims de 2008. Voire le jeune Benoît Hamon ou l’inusable Jack Lang.

Mais le nouveau favori s’appelle en tout état de cause François Hollande. S’étant lancé il y a plusieurs mois dans la bataille, l’ancien premier secrétaire du PS ne peut pas être soupçonné de vouloir profiter du désarroi que connaît son parti. Il est déjà bien organisé. Ses soutiens se relaient dans les médias. Il sillonne la France. Il déroule son programme. Et se garde de toute invective à l’égard de ses amis de la rue de Solférino qui ne l’ont pas épargné.

Dans cette campagne interne au PS, le parcours de François Hollande ressemble à celui de Jacques Chirac en 1994-1995. A l’époque, plus personne ne misait un kopek sur celui qui était alors président du RPR. Le favori des médias et des sondages s’appelait Edouard Balladur. Un an avant la présidentielle, les intentions de votes en faveur de Chirac étaient désastreuses.

Et puis, petit à petit, Chirac s’est imposé, à force de voyages dans la France profonde, au contact du terrain. Comme le fait aujourd’hui… François Hollande.

Hollande, un Chirac de gauche ? N’oublions jamais que l’élection présidentielle ne se joue pas à Paris. N’oublions jamais que la France est un pays qui se méfie de sa capitale et de ses élites. N’oublions jamais que, hormis Nicolas Sarkozy, tous les présidents de la République se sont construit politiquement en province : de Gaulle dans la Haute-Marne, Pompidou dans le Cantal, Giscard dans le Puy-de-Dôme et Chirac en Corrèze.

Romain Thomas