David Lisnard à petites foulées

Avant d’écrire ce portrait, nous sommes allés rencontrer David Lisnard dans son bureau vitré du Palais des Festivals. Là , au cinquième et dernier étage, côté mer, le président de la Semec depuis onze ans, premier adjoint et suppléant de Bernard Brochand, bénéficie d’une vue inouïe sur la baie de Cannes…
À droite, l’enfilade sur le Majestic et le Carlton avec, au final, le Martinez puis la Pointe Croisette et le Palm Beach. De l’autre côté, le découpé ourlé de l’Estérel, en contre-jour. Au premier plan, derrière les baies vitrées, la mer, à perte de vue, et l’entrée du port, gardée par le phare vert. Portrait d’un homme qui avance.
Au sortir d’une nuit blanche – dûe peut-être au ressenti de son tout récent 43e anniversaire – il nous avoue, d’emblée, avoir cité Pierre Dac, en nocturne, dans un tweet qu’il juge excellent : « Echangerais matelas de plume contre sommeil de plomb ! ». Comme pour se mettre en jambe, dans la foulée, David Lisnard ajoute : « Ça fait dix ans que j’ai l’âge du Christ et, croyez moi, c’est lourd à porter ! ».
1 900 « followers » sur Twitter
À la question d’actualité : « Président ou candidat ? », le président botte en touche, dans un sourire, pour dire : « Ni l’un, ni l’autre ! Je suis tout simplement moi-même ». Je ne suis pas « branché » juste pour le plaisir de l’être, tout comme je ne suis pas adepte de Twitter parce que ça fait bien. « Au-delà du fait que j’y prenne un réel plaisir, il ne faut pas non plus surestimer la portée de ce phénomène qui touche un public plus jeune que Facebook ». Il poursuit : « Ce mode de communication instantané m’est agréable car il me fournit des occasions nombreuses, d’échanges, de partage de convictions et d’avis sur quantité de choses et même de débats. Aujourd’hui, grâce à Twitter – enchaine le premier adjoint – j’ai pris attache avec quantité de gens, y compris à Cannes, puisque je compte plus de 1 900 " followers " qui me font penser que les réseaux sociaux désormais sont incontournables, y compris dans la vie locale et politique ! ».
Quand on parle de la ville dont il rêve, David évite encore soigneusement le discours électoraliste, vis-à -vis d’une échéance municipale qu’il refuse d’évoquer pour l’instant. Pour l’heure, il se contente de dire sa totale allégeance à Bernard Brochand pour une nouvelle candidature aux prochaines législatives. David Lisnard préfère parler de lui qui, enfant, a pris son premier job d’été au « Blue Bar » de l’ancien Palais des Festivals, là où il a gagné son premier argent de poche, à 16 ans, avec des gens qui travaillent onze heures par jour et sept jours sur sept.
Issu d’un milieu modeste, ses parents étaient de gros travailleurs devenus commerçants. Il raconte alors volontiers que son père, footballeur professionnel, et sa mère, danseuse étoile, ont su lui inculquer, comme à son frère, des valeurs qu’aujourd’hui encore il s’évertue à transmettre à ses trois enfants : deux filles et un garçon, Roméo, qui sont sa fierté et ont une place immense dans sa vie.
Le virus de la politique
Une vie consacrée au travail et au virus de la politique qu’il a contracté très jeune alors qu’après des études, à Carnot puis à Bristol, il est parti à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, puis à Paris. Au Prado, où il demeure, chaque matin, il se rase à cinq heures et demie, sans penser plus que ça à son devenir, si ce n’est pour dire qu’il a de l’ambition mais qu’il ne fait jamais rien juste pour l’argent. Tous les jours, il franchit la porte de son bureau à six heures trente pour des journées marathon que seule sa condition physique et son mental de sportif, politique et passionné lui permettent d’enchainer, semaine après semaine en mairie comme au Palais, quand, ailleurs, on lui a déjà fait des ponts d’or.
Il faut dire qu’avec Bernard Brochand, tout comme avec Jacques Pélissard son mentor jurassien qui lui a appris le métier d’élu, il a de qui tenir pour apprendre, se forger plus et mieux, chaque jour, et en bien des domaines. Brillant, il est volontiers enthousiaste et zappeur. On le retrouve d’ailleurs jusque sur des terrains où on ne l’attend pas forcément. Ainsi, au-delà du sport et du marathon qui l’ont vu aller à la limite de ses capacités : la musique rock et punk, plus blanc que black, à l’image des Plages Electroniques et du Festival Pantiero qu’il a initié. Curieux de tout, il fait ce qui lui plait, jamais du remplissage et, dit-il, il « aime, par-dessus tout, aller dans les quartiers à la rencontre des Cannois » même si certains lui reprochent encore, quelquefois, d’être quelque peu hautain.
Expliquer, structurer sa pensée, avancer sont des leitmotives de son quotidien d’élu qu’il vit avec énergie, et même avec les trois lettres NRJ ou TF1, comme le dernier week-end de janvier avec le Midem « Off ». Voilà son dernier pari réalisé avec Bruno Crolot pour ouvrir la ville à la jeunesse en montant un chapiteau de 3 000 places sur le parking du Palm Beach et en faisant bouger un certain nombre de lieux branchés musique.
Le renouveau de Montfleury l’enchante
Tout en aimant sa ville de Cannes passionnément, David Lisnard se défend de pleurer sur sa jeunesse en regrettant le temps qui passe et les lieux d’avant. Surtout ceux qui ont disparu, à commencer par le jardin de ses grands parents en plein centre-ville. Il se souvient que son grand-père faisait les meilleurs farcis du monde, qu’il était à la tête d’un hôtel, « Le Soleil d’Azur », un deux étoiles modeste, comme sa famille.
Aujourd’hui à Cannes, David Lisnard aime les palaces quand ils apportent des emplois, donc de la richesse et aussi des touristes, venus du monde entier, pour les congrès. Ainsi vit le port, ainsi vivent les casinos, les boutiques de luxe et les plages. « Cannes – dit-il – est une ville arlequin, de dimension internationale avec des vrais Cannois et aussi des étrangers, une ville faite de contrastes, de riches et de pauvres » qu’il souhaite intergénérationnelle tout en lui gardant sa taille humaine.
En défendant des chantiers d’envergure tel Montfleury, dont le renouveau l’enchante, il voudrait contribuer à en faire une ville « qui bouge bien », avec une université et des richesses, comme le dit si souvent son député-maire, Bernard Brochand, quand il défend son budget en le tournant vers le monde des affaires. Certes, il aime par-dessus tout le bord de mer des plages du Midi, où il va courir jusqu’aux rochers de La Bocca, la Croix des Gardes et la Californie.
En ville, il aime encore le marché Forville piéton pour son côté forum et, comme beaucoup de Cannois, regrette le Gray d’Albion de l’époque. Il admet néanmoins qu’il ne faut pas laisser trop de place à la nostalgie, conscient que trop souvent, c’est là une façon de pleurer sur sa jeunesse et le temps qui passe…
Et c’est pour cela que David avance, toujours en avance…
Frédéric Jaubert


