François Bayrou : « Je souffre de l’échec du pays »

François Bayrou, candidat du Mouvement Démocrate (MoDem) à l'élection présidentielle, était, lundi dernier, au centre de toutes les attentions dans la technopole de Sophia-Antipolis. Après avoir dialogué avec près de 150 chefs d'entreprises locaux, l’ex-ministre de l'Éducation nationale, pourfendeur de la « génération irresponsable », a accepté de répondre, sans concessions ou presque à nos questions. Rencontre avec « le troisième homme ».
Le Petit Niçois : Que pensez-vous de la politique actuellement menée dans le département des Alpes-Maritimes ?
François Bayrou : Je remarque que beaucoup d’habitudes ont été prises. Lesquelles ne vont pas, selon moi, dans le bon sens.
LPN : Pourriez-vous citer un exemple pour nos lecteurs ?
F.B : Non. Je n’en dirais pas plus…
LPN : Vous promettez, si vous êtes élu, d’être « un président impartial et libre ». Entre la crise et l’Europe, est-ce encore possible ?
F.B : Bien sûr ! C’est d’autant plus nécessaire que plus il y a la crise, plus la position du Président de la République doit être claire. Celui-ci se devra d’être libre et lié à aucun réseau. Moi, je ne dois rien à personne. Ce qui fait que je n’ai aucun cadavre dans le placard !
LPN : Le porte-parole du Parti Socialiste, Benoît Hamon, a déclaré au sujet de votre campagne qu’elle a quelque chose « d’un peu vaporeux » et que vous ne sauriez faire, somme toute, « qu’un peu moins de socialisme ou un peu plus de Sarkozy ». Quel est votre ressenti ?
F.B : Ce n’est que du blabla ! Rien à dire là -dessus.
LPN : N’est-ce pourtant pas là la définition même du centrisme ?
F.B : Non ! Être centriste, c’est surtout réaliser qu’il n’est pas normal de construire l’avenir en favorisant sans cesse la lutte d’un camp contre l’autre, à savoir la gauche et la droite. En témoigne le duel d’ores et déjà fixé au second tour entre Hollande et Sarkozy... Pour s’en sortir, il faudra être capable de faire travailler ensemble des gens de tous les camps. Je parle de solidarité nationale. Le centre doit être indépendant !
LPN : Dans « Changer de destin », ouvrage politique paru la semaine dernière, François Hollande s’en prend à vous en écrivant noir sur blanc que votre programme est un « non-programme ». Qu’en pensez-vous ?
F.B : Que les méchancetés habituelles n’ont, en politique, aucun intérêt ! François Hollande n’a qu’à mieux lire mon programme. Lui est, de toute façon, dans le flou ! Même Martine Aubry le dit… Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup !
LPN : Avec la promotion du label « made in France », vous semblez éprouver une certaine nostalgie à l’égard de la grandeur passée du pays. Souffrez-vous de ce que votre ami, l’essayiste Éric Zemmour, qualifie de « mélancolie française » ?
F.B : Non, ce n’est pas vraiment ça. Je souffre surtout de l’échec du pays. Je veux juste le relever ! La France a oublié qu’elle est un pays d’ingénieurs. Elle s’est laissée enterrer par un modèle financier qui n’est pas le sien. Aujourd’hui, nous perdons le marché dans 80% des cas du fait qu’on laisse croire que les Allemands produisent mieux. C’est pourtant faux ! Il nous faut retrouver une stratégie nationale pour mieux produire. Ce travail est plus nécessaire que jamais ! Pour se faire, je propose donc de placer un Commissariat national aux stratégies.
LPN : Vous avez récemment déclaré que « quelque chose ne va pas dans cette campagne » et que « l’on se fout de nous ». Sur quoi basez-vous un tel constat ?
F.B : C’est simple. Les candidats ne traitent aucun des sujets importants !
LPN : Vous avez justement fait savoir que si vous étiez élu Président de la République le 6 mai prochain, vous organiseriez un référendum de moralisation de la vie publique. Est-ce une façon pour vous de répondre aux problèmes ?
F.B : Tout à fait ! Il se tiendra le 10 juin, jour du premier tour de l'élection législative. Son but : trancher des questions consensuelles une bonne fois pour toutes ! Tout le monde parle, par exemple, de la suppression du cumul des mandats. Cela fait des années que cela dure mais personne n’a rien fait… Laissez-moi m’en charger !
LPN : Les candidats à la présidentielle sont, cette année, moins diserts sur le thème des banlieues, largement exploité lors des élections de 2007. Qu’en est-il pour vous ?
F.B : La banlieue est la grande oubliée de la campagne présidentielle, c’est vrai. Me concernant, j’y étais il n’y a pas si longtemps. Il nous faut trouver des solutions nouvelles. Je propose justement la mise en place d’un commissaire dans chacune des zones de non-droit. Lequel habiterait sur place et coordonnerait directement les actions à domicile, voilà tout.
Propos recueillis par Olivier Porri-Santoro
Photo : François Bayrou à la rencontre des entrepreneurs
à Sophia-Antipolis © Souazig de la Moissonnière


