Histoires de casting

DSK, l’impossible retour ? On pensait Dominique Strauss-Kahn définitivement perdu dans les limbes de l’impitoyable justice américaine. Six semaines après son arrestation spectaculaire, l’ancien directeur général du FMI pourrait bien revenir de l’enfer à la faveur des derniers rebondissements d’une affaire qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. La question brûle désormais toutes les lèvres des socialistes : s’il était blanchi dans les semaines qui viennent, DSK reviendrait-il dans le jeu politique français ?
L’ombre de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances n’en finit plus de planer au-dessus de la rue de Solférino. La lancinante question du retour de DSK en France pollue le processus à peine engagé des primaires. Voilà les candidats à la candidature harcelés de questions sur DSK. Martine Aubry, Ségolène Royal, François Hollande, Arnaud Montebourg et Manuel Valls sont rattrapés par les évènements de New York et leur proche dénouement. Tous sont embarrassés mais la plus gênée est indiscutablement Martine Aubry. La première secrétaire du PS a annoncé vouloir aller « jusqu’au bout » tout en assurant que « personne n’osera opposer le moindre calendrier » à DSK si celui-ci veut finalement briguer l’Elysée.
En fait, il est clair que la détermination de Martine Aubry empêche tout retour de DSK (à supposer que lui en ait envie, ce qui reste à démontrer) dans la course aux primaires. Le maire de Lille ne peut plus reculer : soutenue par l’appareil et par une partie des strauss-kahniens, elle sait qu’on a trop glosé sur son peu d’entrain à se porter candidate pour se retirer fut-ce au profit d’un ami politique en quête de réhabilitation. Son hypothétique renoncement accréditerait l’idée qu’elle n’est qu’une prétendante de substitution. Et puis, on imagine mal DSK vouloir replonger dans la lessiveuse socialiste pour concourir entre l’actuelle première secrétaire du PS et son prédécesseur, l’ancienne candidate de 2007 et deux quadras marginaux. Sauf si son désir de « manger le monde », comme l’a dit le député Julien Dray, venait à reprendre le dessus…
Qui va voter ? 600 000 ou 4 millions ? Combien d’électeurs vont-ils se déplacer pour choisir le candidat du PS à la présidentielle au mois d’octobre ? Impossible de faire des pronostics : c’est une première. Rien ne sert non plus de tirer des leçons hâtives des primaires chez Europe Ecologie/Les Verts. Elle ne concernait qu’un corps électoral très restreint, ce qui a d’ailleurs plombé Nicolas Hulot arrivé derrière Eva Joly, à la surprise générale.
La plupart des socialistes misent en réalité sur un million de votants. Mais qui seront ces électeurs, au-delà des militants et des sympathisants du PS ? Mystère et boule de gomme, comme disent les enfants. Jean-François Copé et Claude Guéant ont eu raison de poser la question du « fichage » dans cette procédure inédite. De toute façon, les socialistes servent de cobaye dans cette affaire : pour l’élection de 2017, la droite n’aura guère d’autre choix que de désigner, elle aussi, son candidat à la magistrature suprême en faisant appel aux électeurs. C’est ce qu’on appelle la démocratie d’opinion.
Un remaniement de cuisine électorale. En attendant que les socialistes choisissent leur champion, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont remanié le gouvernement après la nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI. Le choix de François Baroin pour le ministère de l’Economie et des Finances n’a rien d’illogique : il était déjà en charge du budget et des comptes publics. Rien d’étonnant non plus à que les ministres les plus jeunes (Le Maire, Pécresse et Baroin) s’affrontent durement en coulisses pour prendre un poste occupé naguère par des hommes d’Etat comme Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Jacques Delors, Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur, Laurent Fabius ou… Nicolas Sarkozy. Bercy, c’est le tremplin rêvé pour Matignon ou l’Elysée.
Pour le reste, à moins d’un an de la présidentielle, le Président de la République et le Premier ministre ont fait de la politique : promouvoir des centristes ou des radicaux (François Sauvadet, Jean Leonetti), préparer les législatives (création d’un secrétariat d’Etat aux Français de l’étranger), récompenser des talents (Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez) ou soigner la Droite populaire (Thierry Mariani désormais ministre plein aux Transports).
Romain Thomas







