Le PS et DSK : la rupture

La gauche américaine. Souvenirs, souvenirs… A la fin des années 70, François Mitterrand et Michel Rocard s’affrontent sur leur conception du socialisme. Le premier défend le programme commun de la gauche (nationalisations, 32 heures…) tandis que le second plaide pour plus de réalisme économique.
Au-delà du débat d’idées, fleurissent les procès d’intention. Les mitterrandistes fustigent en coulisses les rocardiens, ces thuriféraires d’une
« gauche américaine » qui s’accommode de l’argent roi, du capitalisme et de ses mirages. Trente ans plus tard, la « gauche américaine » s’est fourvoyée. Mais ce n’est plus du tout la même gauche américaine…
Il y a bien un socialiste qui est aujourd’hui aux Etats-Unis. Ce socialiste s’était imposé comme l’héritier des idées de Rocard et de Delors. Ce socialiste avait été apprécié pour son action au ministère des Finances en France puis à la tête du FMI. Ce socialiste s’appelle Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui présumé coupable d’agression sexuelle.
Un socialiste ? Mais que veut dire socialiste lorsqu’on loue une maison à raison d’un loyer de 35 000 euros par mois ? Mais que veut dire socialiste lorsqu’un tel déballage de luxe et d’argent s’étale partout dans la presse alors que le parti auquel on appartient stigmatise bien souvent les grandes fortunes et les riches ? Voilà les valeurs du PS sérieusement brinquebalées…
A vrai dire, on tombe de l’armoire avec cette nouvelle affaire DSK. La fortune considérable d’Anne Sinclair, son épouse, était bien sûr connue et archiconnue. Tant mieux pour elle et son mari. Sur le plan politique, tout cela laisse cependant songeur. Les socialistes ne s’en rendent compte qu’aujourd’hui : les fastes du train de vie du couple représentaient un réel danger pour une gauche rôdée au discours anti bling-bling.
Déjà, le coup de la Porsche avait refroidi les ardeurs des amis de DSK, impatients de voir revenir celui-ci en France. A droite, on se rassurait. « A côté de lui, je passerai pour un pasteur méthodiste », aurait confié Nicolas Sarkozy à des proches il y a déjà plusieurs mois.
Oublier DSK. La maison à 35 000 euros par mois à New-York est la goutte qui fait déborder le vase des socialistes. Après une semaine de gueule de bois, ils sont maintenant peu nombreux à prendre quelques précautions oratoires, hormis les fidèles strauss-kahniens toujours assommés par l’arrestation de leur mentor.
Donc à quelques exceptions près, DSK n’est plus leur problème. Ils essaient à tout prix de se débarrasser de ce sparadrap que représente désormais leur camarade enfermé dans sa prison dorée. Plus personne n’en parle rue Solférino. Son nom a été à peine prononcé lors du conseil national de samedi dernier. L’enterrement sans fleurs ni couronnes n’a pas tardé.
L’un de ses apôtres, Pierre Moscovici, l’a lui-même reconnu au grand jury RTL / Le Monde / LCI : « Dominique Strauss-Kahn n’est plus un acteur de la vie politique française ». En clair : pourquoi s’acharner sur un homme qui est désormais un justiciable assigné à résidence à New-York ? Peut-être mais il y a encore quinze jours, DSK était attendu comme le messie par Moscovici et quelques autres pour faire gagner la gauche en 2012….
Reste un danger pour les socialistes : que les vicissitudes de leur ex-champion ne plombent pas leur parti voire la gauche toute entière. DSK sera-t-il l’ombre américaine qui planera au-dessus de leur tête pendant la campagne présidentielle ? Ils ont beau clamer matin, midi et soir que cette affaire ne les concerne pas. Ils seront, à un moment ou à un autre, touchés par la déflagration.
Quant à savoir si les conséquences de l’affaire DSK se mesureront dans les urnes à l’occasion de la présidentielle, il est encore beaucoup trop tôt pour le dire. La droite aurait tort de se réjouir trop vite. Une année, c’est un siècle en politique. De nombreux autres rebondissements viendront émailler la longue campagne présidentielle. Le spectacle ne fait que commencer.
Romain Thomas







