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Lionnel Luca : « Nicolas Sarkozy doit être réélu ! »

Lionnel Luca : « Nicolas Sarkozy doit être réélu ! »

Depuis la création du groupe de la Droite Populaire il y a 18 mois, il n'y a pas une semaine sans que le député de la Nation, Lionnel Luca, ne fasse parler de lui. Son groupe, même s'il n'a pas de chef, compte aujourd'hui 42 députés et pèse sur les décisions et les axes de la politique conduite par le Président de la République. A l'heure où Nicolas Sarkozy vient de se déclarer candidat à l’élection présidentielle, retour sur tous les sujets « chauds » du moment avec un parlementaire qui n'a jamais manié la langue de bois. Tous aux abris !

LPN : Vous devez être satisfait, Nicolas Sarkozy a devancé l'appel comme vous lui aviez conseillé dans les médias...

Lionnel Luca : C'est vrai, j'en suis très heureux. Ce n'était pas trop tôt ! Il est vrai que j'avais dit, il y a quelques semaines, qu'attendre le mois de mars pour se déclarer, c'était une démarche suicidaire. J'ai eu raison contre tous quand je préconisais une déclaration de candidature début février...

Deux mois de campagne, c'est bien. Son entrée a provoqué un appel d'air salutaire. Cela devenait presque de l'arrogance que d'attendre le dernier moment. À Nicolas Sarkozy de dire ce que l'on n'a pas fait, ce que l'on a fait, et ce que l'on fera. Un quinquennat, c'est trop court, ça ne suffit pas pour changer durablement la France.

LPN : Le tract de l’UMP sur les 10 réformes réalisées par Nicolas Sarkozy vous a un peu énervé. Pourquoi ?

L. L. : Ces 10 réformes m'ont effectivement agacé. Dans un document que j'ai envoyé à tous les parlementaires, j’en ai listé 25. Parmi ces 10 mesures, certaines n'étaient en aucun cas des réformes comme la reconduite aux frontières de 30 000 clandestins. En 5 ans, Nicolas Sarkozy a initié 25 réformes sans compter celles induites par la réforme constitutionnelle.

Désormais, tout citoyen peut saisir le conseil constitutionnel et proposer une loi, le Président de la République est limité à deux mandats (beaucoup en avait parlé, personne ne l'avait fait), la retraite, le Grenelle de l'environnement, la suppression des droits de succession, le service minimum dans les transports ferroviaires, le contrat de responsabilité parentale, l'autonomie des universités, le RSA, les peines planchers, le plan Alzheimer, l'exonération des charges et de l'impôt pour les heures supplémentaires... Après ça, on dit que Nicolas Sarkozy n'a rien fait ! De qui se moque-t-on ? On peut être fier de ce bilan, surtout en période de crise. Le président a servi de bouclier...

LPN : Fallait-il aller encore plus loin dans les réformes ? Je pense au transport aérien...

L. L. : Sans doute. On a mis en place le service minimum dans le ferroviaire, pas dans les tramways, les bateaux, ou les avions... comme je l'avais proposé en 2007. Sur le trafic aérien, on a vécu un grand moment. Le personnel aérien a fait grève dernièrement, non pour défendre les emplois, une augmentation salariale ou de meilleures conditions de travail, non, simplement pour avoir le plaisir de continuer d'emmerder les gens au moment des départs en vacances.

C'est extraordinaire ! Je n'ai jamais été hostile aux revendications utiles mais je refuse qu'une minorité prenne en otage une majorité qui a souvent économisé longtemps pour s'offrir le droit à quelques jours de vacances. Les Italiens ont neutralisé les grèves en périodes de vacances. Le recours à la grève est un droit, tout comme le droit de circuler librement qui est lui aussi inscrit dans la Constitution. Il faut rendre compatible ces deux droits et favoriser une équité de traitement dans tout type de transport. Sur le sujet, on a refusé d'aller plus loin en 2007 à cause de l'ouverture à gauche qui a constitué un vrai frein à l'élection présidentielle et qui n'a servi à rien.

LPN : L'élection à venir est-elle importante ? Sur quoi cette présidentielle va-t-elle se jouer ? Quel sera l'apport de la Droite Populaire ?

L. L. : Cette élection est capitale. Elle peut être un coup d'arrêt porté à 30 ans de laxisme. On a changé de cap durant 5 ans, il faut poursuivre l'effort, il faut plus de temps pour s'en apercevoir et mener à bien les autres réformes. Margaret Thatcher, actuellement au cinéma, a eu 10 ans, Nicolas Sarkozy doit pouvoir disposer du même temps. Il doit revendiquer son bilan pour aller encore plus loin. Si la gauche venait à l'emporter, on reviendrait en arrière, aux années 80, avec quelques mesures « phares » comme le mariage des homosexuels, le droit de vote aux immigrés, et une fiscalité délirante qui bloquerait tout espoir de reprise en France. En réélisant Nicolas Sarkozy, il aura les mains libres pour mener toutes les réformes utiles sans se soucier de sa réélection puisqu'il ne pourra briguer un 3e mandat. Il pourra gouverner en respectant ce qui est primordial pour la Droite Populaire, l'appartenance à la nation, c'est ça notre apport. On a rendu service au président. Qu'est-ce que la France au XXIe siècle ? Il faut avoir l'envie d'être des Français à part entière, et cela pas seulement pour les étrangers devenus Français, mais aussi pour tous les Français qui n'ont plus ce sentiment.

Cela passe par le rétablissement d'un service national rénové sur un ou deux mois d'été, pour les garçons comme pour les filles, quels que soient les quartiers, les origines... Tout découle de ce sentiment d'appartenance, le travail, la laïcité, la sécurité, l'éducation, l'économie... Il faut inverser la logique de l'assistanat, on ne doit pas avoir plus d'avantages sans travailler qu'en ayant un emploi. L'immigration « 0 », ça ne signifie rien. Ceux qui défendent la retraite à 60 ans, défendent l'immigration clandestine. Si on travaille plus, on réduit l'immigration clandestine. Le FN est dans la démagogie la plus totale.

LPN : Que pensez-vous du « fabriqué en France » ? Quid de la délocalisation de Renault au Maroc ?

L. L. : C'est un slogan de campagne qui feint d'ignorer la réalité économique mondiale. En produisant des voitures au Maroc, on créera des emplois induits en France chez les sous-traitants. Le monde est devenu un village, la mondialisation est une réalité. Je préfère que 6 000 Marocains travaillent chez eux plutôt qu'ils viennent en France pour construire des voitures « made in France ». Ceux qui ont attaqué Renault ont fait preuve d'une démagogie formidable. Il faut nous renforcer là où nous sommes meilleurs que les autres. En tant que membre du groupe d'amitié France/Maroc, je me réjouis de cet accord de co-développement.

LPN : Vous êtes aussi membre du groupe d'amitié, France/Tunisie. Que vous inspire le printemps arabe ? N'est-on pas tombé de Charybde en Scylla avec l'arrivée des islamistes au pouvoir ?

L. L. : Je préfère le danger de la démocratie à la sécurité des dictatures. Il existe plein d'incertitudes sur le basculement du laïque au religieux mais je suis sûr que cela finira par une démocratie. Les régimes islamistes ne sont qu'une étape, il faut les combattre pour ne pas qu'ils s'installent comme en Iran. Mais les régimes corrompus des dictateurs qui sont tombés devaient bien s'effondrer un jour. Cet espoir de liberté ne peut être confisqué. Aux forces démocratiques des pays concernés de s'organiser. La liberté est un combat au quotidien, la dictature n'est jamais satisfaisante, au Maghreb comme ailleurs.

LPN : Vous militez pour la liberté du Tibet. Qu’en est-il des libertés dans ce pays colonisé par les chinois ?

L. L. : En Chine, il s'agit aussi d'une dictature mais en silence. Depuis le début de l'année, il y a eu 20 moines tibétains qui se sont immolés par le feu, personne n'en a parlé, il n'y a pas eu de révolte, cela n'intéresse personne... La France et l'Europe doivent refuser la colonisation économique que propose la Chine. Les Européens sont trop souples avec les Chinois, à l'inverse des Américains qui les fréquentent sans se prosterner devant eux. A propos de la crise, je constate, qu'à l'orée des départs en vacances d'hiver, il n'y a jamais eu autant de monde sur les routes. Merci Sarkozy ! Il nous a protégés du pire en étant un fer de lance de l'Europe aux côtés des Allemands. Il n'en demeure pas moins que les délocalisations constituent des drames humains et sociaux irresponsables quand il ne s'agit que d'une recherche de plus de profits...

LPN : A ce propos, que pensez-vous de l'augmentation de 34 % des salaires des grands patrons français ?

L. L. : Cela est indécent, inadmissible ! Une honte ! Il en va de même des salaires dans le football où Carlo Ancelotti (entraîneur du PSG) va toucher en un mois l'équivalent de 10 ans de salaire d'un député ! Les grands patrons sont irresponsables, cela n'a plus de sens surtout en période de difficulté économique. C'est le ferment de la haine sociale. Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Il faut un accord international sur les salaires des grands patrons.

Le phénomène est déjà enclenché aux Etats-Unis. J'ai proposé une baisse de 10 % du traitement des parlementaires. J'ai montré l'exemple, avec 150 €/mois, je finance une tonne de nourriture, ce n'est pas de la démagogie, juste une attitude responsable et normale. Aujourd'hui, un agent catégorie « C » de la fonction publique gagne 1 200 €/mois pendant 40 ans. Ne vaudrait-il pas mieux lui proposer 1 600 €/mois pendant 10 ans et après on procède à une évaluation pour un nouveau contrat. Il faut changer de logique. Ces agents ont du mérite de vivre avec si peu ce qui les oblige pour beaucoup à un autre emploi au noir. Il faut les remettre dans une logique de travail déclaré.

LPN : Y a-t-il trop de parlementaires en France ?

L. L. : Ce sont les mêmes qui réclament moins de parlementaires qui seront les premiers à râler s'ils ne pouvaient pas leur parler de leurs difficultés. Il faudrait choisir aussi le mode de scrutin. Le plus égalitaire et logique serait la proportionnelle, le parti choisirait le nom du député qui n'aurait plus ce lien avec le peuple. Si on pense scrutin majoritaire, il faudrait un nouveau redécoupage avec des territoires entiers qui n'auraient plus de député si l'on passe de 577 à 350... Ce n'est pas si simple.

LPN : Dans l'équipe présidentielle, Eric Ciotti vient d'être nommé porte-parole adjoint. Qu'en pensez-vous ?

L. L. : C'est mérité, Eric Ciotti est un parlementaire qui travaille dans une logique de droite. À Paris, on le croit membre de la Droite Populaire, cela m'enchante... C'est un homme politique solide, clair, crédible. S'il devait être ministre, ce serait une bonne nouvelle pour la France et le Département. C'est un homme de parole, il tient ses engagements.

LPN : Que vous inspire le procès fait à Christian Vanneste, membre de la Droite populaire ? Faut-il l'exclure de l'UMP ?

L. L. : Que lui reproche-t-on ? D'avoir dit qu'il n'y avait pas eu de rafles d'homosexuels en France. Il vient de recevoir le soutien de Serge Klarsfeld qui affirme la même chose. En Allemagne, il y a eu de telles rafles, pas en France. Ceux qui ont été arrêtés, l'ont été pour leur engagement dans la Résistance, on a su après leur homosexualité.

J'espère qu'il ne sera pas exclu de l'UMP, cela ne doit pas se produire. Ce n'est pas parce que l'UMP a signé un accord avec le PC chinois qu'il faut pratiquer le délit d'opinion... Je ferai tout pour arrêter cette mascarade. Christian Vanneste a tenu des propos imprudents, maladroits, inutiles mais on a encore le droit de s'exprimer dans ce pays ! On a instrumentalisé sa déclaration. Ceux qui demandent son exclusion veulent satisfaire un lobby tant interne qu'externe. Les persécutés d'hier vont devenir les persécuteurs d'aujourd'hui. Il n'y a aucune procédure judiciaire enclenché contre lui. L'UMP ne doit pas devenir un tribunal populaire. Ce serait une grave erreur de l'exclure ce qui coûterait cher à l'UMP ! Au passage, je note que le FN l'a condamné, on croit rêver !

LPN : Dernière question : un pronostic pour la présidentielle ?

L. L. : Je ne fais jamais de pronostic. La logique des sondages donne François Hollande gagnant très largement. On est à deux mois de l'élection, on va se battre pour faire gagner Nicolas Sarkozy. Les seules batailles que l'on perd sont celles que l'on ne livre pas.

Propos recueillis par Pascal Gaymard

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