Louis Bertignac : « J’existe toujours ! »

En tant que papy du rock, Louis Bertignac est le membre le plus expérimenté du jury de « The Voice », dernière émission à succès de TF1. Il était le 21 mars à Cagnes-sur-Mer pour présenter son dernier album : « Grizzly (ça c’est vraiment moi) ». Une vraie leçon de rock & roll… Doux comme un nounours, le chanteur-guitariste nous reçoit, assis sur un strapontin rouge de la salle de spectacle du Casino Terrazur. Pour Le Petit Niçois, le téléphone pleure.
Le Petit Niçois : Cela vous « éclate » vraiment de participer à l’émission « The Voice » ?
Louis Bertignac : Oui, je m’amuse bien. Je n’ai pas l’impression d’être dans un truc qui me dénature. J’y suis moi-même ! C’est d’ailleurs tout ce qu’on me demande.
LPN : Pour certains fans, « cela détruit le mythe ». Que leur répondez-vous ?
L.B : Qu’ils se gourent ! Je n’ai jamais prétendu être un mythe. Je suis Louis Bertignac. Louis, il essaye de faire tout ce qui l’éclate et ne recule devant rien. Je refuse de rester enfermé dans un carcan. Je suis musicien avant tout ! À ma mort, on pourra éventuellement parler d’un mythe… Pour l’instant, j’existe toujours !
LPN : Est-ce pour vous faire connaître auprès d’un public plus jeune que vous avez choisi de participer à l’aventure ?
L.B : Absolument ! Beaucoup de gens intelligents pensent que c’est très bon pour moi et que je mérite d’être plus connu. Sur mon site, ils sont nombreux à m’avoir écrit qu’ils n’écoutaient plus que mes disques depuis qu’ils m’ont découvert avec l’émission. Ce n’est pas moi qui vais vers la variété mais les gens qui viennent vers le rock & roll ! C’est le contraire de ce que les imbéciles me reprochent (sic).
LPN : Croyez-vous en l’avenir de Pauline et Julien Thisse, les deux Niçois que vous coachez dans l’émission ?
L.B : Qu’ils aillent au bout ou pas, cela ne pourra leur faire que du bien ! D’une part parce que l’émission les confronte au public puis parce que cela les aide à se faire connaître. Plus tard, ils trouveront plus facilement du travail grâce à « The Voice ». J’en suis certain !
LPN : Vous n’en avez pas marre que l’on vous demande sans cesse si Téléphone va se reformer ?
L.B : Les gens voient que cela m’emmerde… Du coup, ils me le demandent de moins en moins. Donc ça va (rires) !
LPN : Pourquoi tant de nostalgie selon vous ?
L.B : Le groupe fascine les gens simplement parce qu’il n’existe plus. C’est comme en foot ! Quand débarque un génie comme Lionel Messi, ils ne peuvent pas s’empêcher de le comparer à Pelé, Platini ou Maradona alors qu’il est pourtant dix fois meilleur qu’eux. C’est comme ça !
LPN : « Grizzly (ça c’est vraiment moi) » : pourquoi choisir un titre qui fasse encore référence à cette période ?
L.B : On doit ça à un de mes copains qui est un vieux fan de… Téléphone. Quant à « Grizzly », c’est surtout pour montrer qu’il s’agit, cette fois, d’un rock velu qui n’hésite pas à sortir les griffes. Je fais du rock viril (rires) !
LPN : Malgré vos acquis, avez-vous encore quelque chose à prouver ?
L.B : Bien sûr ! Mes acquis n’existent plus. Ce ne sont que des souvenirs qui appartiennent au passé. Un concert, comme celui à Cagnes-sur-Mer, est un nouveau défi. Il faut que ce soit brillant et que les gens s’éclatent ! Je tente toujours de faire mieux pour essayer de me sentir en pleine possession de mes moyens. Or, personne n’y arrive jamais, sauf peut-être Messi (rires) !
LPN : Votre vie est-elle toujours aussi rock &roll ?
L.B : Non, je n’ai plus une vie de folie. Déjà , je me suis calmé sur les drogues. Je n’y touche plus depuis longtemps. Puis je ne sors plus beaucoup de chez moi, même s’il m’arrive encore de me coucher à huit heures du matin (rires). J’ai quand même eu deux petites filles…
LPN : La paternité vous a-t-elle changé ?
L.B : Ça m’a calmé étant donné que cela offre un certain bien-être. Aussi, il ne faut pas que je sois tout le temps dilaté et que mes filles aient l’impression de côtoyer un étranger auquel elles ne comprennent rien (sic). Au contraire !
LPN : Comment fait-on, en général, pour ne pas perdre de vue ses racines rocks ?
L.B : Il n’y a rien à faire pour ça ! Cela dépend si nos propres goûts changent. Si je n’aimais plus la musique des Rolling Stones, je ferais sûrement autre chose. Voilà tout !
LPN : Au temps de Téléphone, vous aviez réalisé l’un de vos rêves en assurant la première partie d’un de leurs concerts en France. Vous aviez cependant regretté de ne pas avoir pu jouer « Sympathy for the devil » avec eux. Mais il n’est jamais trop tard…
L.B : C’est un vieux rêve mais j’accepterais bien volontiers de faire une tournée avec eux ! À ce propos, il faut savoir qu’avant de faire Téléphone, j’avais d’abord postulé pour être guitariste des Stones. Encore aujourd’hui, je ne dirais pas non. Mick Jagger me connaît. Il sait que je suis là si besoin est !
LPN : Jagger vient tout juste de se réconcilier avec Keith Richards, lequel avait couché sur le papier certaines vérités pas forcément bonnes à dire. Auriez-vous assez de matière pour nous concocter un tel livre ?
L.B : Non ! Je pense, de toute façon, qu’il y a des histoires qu’il vaut mieux garder en interne. On n’est pas là pour tout dévoiler !
LPN : Si Nicolas Sarkozy n’est pas réélu et qu’il se retire, comme promis, de la vie politique, consentiriez-vous à collaborer de nouveau avec Carla Bruni ?
L.B : Oui. Enfin, je ne sais pas ! En ce moment, il y a un ou deux contentieux qui ne sont pas réglés. C’est entre elle et moi. Et cela n’a rien à voir avec la politique, ni avec Nicolas Sarkozy. C’est une histoire humaine…
Propos recueillis par Olivier Porri-Santoro
Photo : © Rudy Waks


