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Mains tendues

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Borloo-Villepin. En politique, la course en solitaire est rare : elle est réservée aux hommes d’exception, à ceux qui peuvent traverser le désert sans oasis. A un moment donné, il faut bien trouver des alliés. C’est ce que fait actuellement Dominique de Villepin. L’ancien Premier ministre a indiqué il y a quelques jours vouloir discuter avec Jean-Louis Borloo pour parler élection présidentielle.

Un appel du pied reçu cinq sur cinq par le leader de la confédération des centres. Les deux hommes se connaissent bien. Borloo a été le ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale dans le gouvernement de Villepin lorsque celui-ci était à Matignon, entre 2005 et 2007. Depuis, leurs chemins se sont séparés. Le premier a été, en tant que ministre d’Etat, le numéro deux de l’équipe Sarkozy-Fillon pendant plus de quatre ans tandis que le second, qui attend le jugement en appel dans la ténébreuse affaire Clerstream, ne s’est jamais départi de la franche hostilité qu’il manifeste au président de la République.

Mais, à l’aube de 2012, Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin pourraient se retrouver dans l’espoir de faire bouger les lignes. Tous deux veulent être candidats à la magistrature suprême. Peuvent-ils y aller l’un et l’autre ? L’un contre l’autre ? L’un ou l’autre ? C’est toute la question. Ils partagent un même objectif -agréger tous les déçus du sarkozysme- mais ne se donnent pas forcément les mêmes moyens.
Dominique de Villepin ne s’inscrit plus dans la majorité présidentielle et s’affirme en opposant de la politique gouvernementale.

Le président de République Solidaire a ainsi rompu tout lien avec l’UMP au grand dam du secrétaire général du parti présidentiel, Jean-François Copé. Nicolas Sarkozy entend ménager son rival de toujours et ne désespère pas le voir abandonner sa course à l’Elysée en échange d’un retour en grâce au gouvernement ou d’une circonscription électorale en or (député des Français de l’étranger en lieu et place de Christine Lagarde qui devrait prendre la tête du FMI ?). Pour gagner, il faut bien rassembler…

Si Jean-Louis Borloo a, lui aussi, fait sécession avec le Parti Radical qu’il préside, il n’a pas pour autant largué tous les amarres du navire majoritaire, bien malgré lui d’ailleurs : la plupart des parlementaires radicaux ont décidé de rester dans la famille UMP, à trois mois des sénatoriales et à un an des législatives. Et puis l’ancien ministre d’Etat n’a pas renoncé à décrocher Matignon en cas de réélection de Nicolas Sarkozy. Inutile donc d’aller trop loin dans le droit d’inventaire d’un bilan auquel on a contribué de très, très près…

Borloo-Hulot. « Oui, j’ai un temps pensé faire un tandem avec Jean-Louis Borloo » : la confidence d’un soir faite par Nicolas Hulot aux journalistes à la veille du congrès d’Europe Ecologie a fait le buzz. L’ex-animateur-producteur d’Ushuaïa a pu mesurer à quel point ses nouveaux habits de prétendant à l’investiture écologiste pour l’élection présidentielle pouvaient peser parfois bien lourds. Car les amis de sa concurrente, Eva Joly, n’ont pas manqué de stigmatiser ces ambiguïtés persistantes dans le positionnement de Nicolas Hulot. Un crime de lèse-majesté pour les apparatchiks écolos puristes en diable.

En fait, Eva Joly et Nicolas Hulot trimballent chacun leurs faiblesses. Eva Joly est soupçonnée de ne pas être écologiste, elle qui vient du monde judiciaire puisqu’elle a été une juge d’instruction redoutée et redoutable. Quant à Nicolas Hulot, il n’est pas perçu comme un homme de gauche, lui qui a inspiré, en coulisses, le virage vert de Jacques Chirac en 2002, lui qui est passé par TF1, une chaîne supposée proche du pouvoir.

Pourtant, Nicolas Hulot n’a jamais caché son rôle de lobbyiste à droite comme à gauche. A droite, notamment, avec… Jean-Louis Borloo. Rien de plus logique puisque le président du parti Radical a été l’homme du Grenelle de l’environnement. Ministre d’Etat chargé de l’Ecologie et des Transports, il a conduit de bout en bout les négociations de la grande œuvre du début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Aujourd’hui, peuvent-ils se retrouver ? A première vue, Jean-Louis Borloo serait tout content de faire un bout de chemin avec Nicolas Hulot. Mais, en vérité, tout va dépendre de l’issue de la primaire qui oppose Eva Joly et Nicolas Hulot. Jean-Louis Borloo aurait d’ailleurs intérêt à ce que la première l’emporte sur le second, ne serait-ce que pour ne pas voir son espace politique grignoté par un écolo susceptible de séduire des électeurs centristes.

Romain Thomas