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Présidentielle : l’ombre du 21 avril

Présidentielle : l’ombre du 21 avril

Borloo et Villepin iront-ils ? L’Elysée ne ménage pas ses efforts pour empêcher que des candidatures dissidentes ne viennent perturber la campagne du candidat Nicolas Sarkozy en quête d’un second mandat. Les élus centristes et radicaux sont ainsi courtisés comme jamais : il s’agit de les dissuader de rejoindre un Jean-Louis Borloo tenté par l’aventure présidentielle. Un portefeuille ministériel ici, un strapontin là : les propositions fusent ces temps-ci en haut lieu.

L’ancien ministre de l’Ecologie a beau s’indigner des pressions exercées sur ses amis : les sirènes du pouvoir attirent irrémédiablement comme un aimant. Pour l’instant, il en est un qui n’y est pas sensible à ces sirènes, c’est Dominique de Villepin. L’ancien premier ministre de Jacques Chirac a réuni ses partisans le week-end dernier en leur assurant de sa détermination à aller jusqu’au bout. A voir car, pour l’instant, Villepin ne suscite pas l’enthousiasme des foules. Ses soutiens se limitent désormais à l’ancienne ministre Brigitte Girardin et au député franc-tireur Jean-Pierre Grand. Mitterrand avait certes dit qu’on pouvait prendre le pays avec « vingt types bien organisés » mais c’était en… 1965 ! A l’UMP, on se prépare déjà à accueillir un Villepin qui renoncerait à ses ambitions élyséennes : une circonscription lui aurait été ainsi réservée au titre des Français de l’étranger pour les élections législatives de juin 2012.

On comprend bien pourquoi Nicolas Sarkozy refuse l’idée d’un éparpillement des voix au premier tour. Non pas que le président de la République redoute d’être dépassé par Borloo ou Villepin. Ce qu’il veut éviter, c’est un 21 avril à l’envers qui le contraindrait à rester, en rade, aux portes du second tour. Une véritable humiliation pour un chef de l’Etat sortant, candidat à sa propre succession…

Hulot et Joly, candidats pour rien ? Comme Nicolas Sarkozy, les socialistes ne sont pas absolument certains de passer le cap du premier tour. Ils n’ont pas oublié à quel point le désordre à gauche avait définitivement plombé leur champion en 2002, Lionel Jospin. A moins d’un an de l’échéance présidentielle, le même désordre menace. Jugez plutôt. Nathalie Artaud a repris le flambeau d’Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière.

Jean-Luc Mélenchon vient de se faire adouber par les communistes pour être leur candidat. Jean-Pierre Chevènement, requinqué par le succès de son dernier livre (« La France est-elle finie ? »), est décidé à faire entendre sa voix. Quant aux Verts, ils organisent des primaires pour trancher entre Eva Joly et Nicolas Hulot. Pour l’instant, personne au PS ne songe à demander à qui que soit de se retirer. Il est vrai que les socialistes sont mobilisés par le choix de leur candidat. Seul Daniel Cohn-Bendit a osé la question qui fâche : si, en février prochain, il s’avère que, dans les intentions de vote, la gauche n’est pas en mesure de se qualifier pour le second tour, que faire ? Le député européen a déjà sa petite idée : le candidat écolo pourrait proposer de se retirer en négociant, avec le PS, une cinquantaine de circonscriptions gagnables afin de constituer un groupe solide à l’Assemblée nationale.

Cohn-Bendit sera-t-il entendu ? Pas si sûr. D’autant qu’il vient de se faire renvoyer dans ses quinze mètres par l’appareil du parti tenu par Cécile Duflot. La secrétaire nationale des Verts a été largement réélue à son poste au congrès de la Rochelle de début juin, faisant échec à la motion défendue par l’ancien leader de Mai 68.

Le faux plat de Marine Le Pen. L’analyse de Nicolas Sarkozy n’aurait pas varié depuis 2007 : la France est à droite. Elle s’est même « radicalisée », comme l’affirme cette semaine, dans Le Nouvel Observateur, le conseiller spécial du chef de l’Etat, Henri Guaino. L’Elysée est convaincu que les thèmes de la sécurité, de l’identité nationale et de l’immigration demeurent pertinents pour 2012, comme ils l’ont été il y a 4 ans. Objectif : reconquérir des classes populaires qui avaient assuré le succès électoral de Nicolas Sarkozy en 2007.

Cette stratégie peut-elle contenir le Front National ? La « droitisation » de la majorité, avec un Claude Guéant à la manœuvre au ministère de l’Intérieur, va-t-elle porter ses fruits ? Il est vrai que Marine Le Pen semble faire du surplace. Les intentions de vote ne donnent plus la présidente du Front National qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. L’affaire DSK n’a ainsi pas contribué à renforcer le FN mais Marine Le Pen reste cependant à un niveau historiquement jamais atteint dans les sondages par son père, c’est-à-dire aux alentours de 20% des voix. L’ombre du 21 avril plane comme une ombre au-dessus de la droite et de la gauche…

Romain Thomas