PS : le cimetière des éléphants

Delors et Rocard en 1994. Après la défaite historique des socialistes aux élections législatives de mars 1994, Michel Rocard devient le recours d’une gauche aux abois. L’ancien premier ministre succède à Laurent Fabius à la tête du PS, malgré l’hostilité résignée de François Mitterrand qui achève son règne de 14 ans à l’Elysée. Populaire depuis son passage à Matignon, l’ancien premier ministre est alors le candidat naturel de son parti pour l’élection présidentielle de 1995. Mais il lui faut passer l’épreuve des européennes de juin 1994. Rocard ne résiste pas aux coups tordus lancés par l’Elysée : la candidature de Bernard Tapie, téléguidée en sous-main par Mitterrand, torpille la liste Rocard qui n’obtient que 14%.
Rocard éliminé, tous les regards se tournent vers Jacques Delors. Le président de la Commission européenne flaire cependant le piège. Les sondages le portant aux nues et la pression amicale de ses camarades ne suffisent pas à le convaincre. Son dilemme : comment être le candidat d’un parti avec lequel il n’y a pas de symbiose sur les idées et la stratégie ? Delors refuse d’être le prisonnier du PS et finit par dire non. En une année, le PS perd deux présidentiables. C’est Lionel Jospin qui reprendra le flambeau.
Jospin en 2002. Au terme d’une longue cohabitation, Jacques Chirac et Lionel Jospin s’affrontent au 1er tour de l’élection présidentielle, le 21 avril 2002. Le premier ministre sortant est devancé par Jean-Marie Le Pen. C’est un choc.
« Un coup de tonnerre », dit lui-même Lionel Jospin, victime à la fois des divisions de la gauche plurielle (Chevènement, Taubira, Hue…) et de l’autosatisfaction aveuglante de la majorité sortante. Lionel Jospin se retire de la vie politique : il n’y reviendra plus, malgré sa vaine tentative de se présenter aux primaires internes au PS en 2006. L’ancien premier ministre s’était alors retiré de la course sans pour autant indiquer sa préférence. Son ancien ministre de l’économie et des Finances, Dominique Strauss-Kahn, lui-même prétendant à l’investiture, en avait conçu, dit-on, une certaine amertume…
DSK en 2011. L’élection présidentielle de 2012 devait sonner comme une revanche pour Dominique Strauss-Kahn. Ses amis socialistes, qui, il y a cinq ans, lui avaient préféré Ségolène Royal, se préparaient à lui réserver un accueil triomphal pour son retour annoncé en France. Mais tout a basculé dans une chambre du Sofitel de New-York. Voilà, pour la 4e fois en 17 ans, le PS privé d’un champion susceptible, nous disaient les sondages, de permettre à l’un des siens d’accéder à l’Elysée. L’ancien directeur général du FMI étant désormais hors-jeu, Martine Aubry et François Hollande devraient s’affronter dans la primaire qui va s’ouvrir à compter du 28 juin. Il faudra aussi compter avec Ségolène Royal, ex-compagne de François Hollande, qui pourrait bien être l’alliée objective de Martine Aubry.
Hollande-Aubry, les enfants de Delors. Le député de la Corrèze a évidemment pris plusieurs longueurs d’avance sur la maire de Lille : du coup, les sondages en font le favori. Ses atouts sont connus : une personnalité sympathique, une décennie passée à la tête du parti, un ancrage local, un programme avec la jeunesse comme priorité, un solide réseau de soutiens dans les fédérations… François Hollande peut également reprendre à son compte l’héritage idéologique de Rocard, Delors et DSK, à savoir une gauche réaliste et pragmatique. Il y a une quinzaine d’années, n’était-il pas l’un des animateurs du club Témoin qui soutenait un certain Jacques Delors dont la fille n’est autre que… Martine Aubry ? Aubry-Hollande ou deux enfants du delorisme.







