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Signes extérieurs de richesse

Signes extérieurs de richesse

Le Vieux Morvant de Mitterrand. Le jour de son élection à la présidence de la République, le 10 mai 1981, François Mitterrand était resté fidèle à ses habitudes. Depuis le début de sa vie politique, celui qui était encore président du Conseil général de la Nièvre avait fait du très modeste hôtel du Vieux-Morvant, à Château-Chinon, son quartier général. François Mitterrand y occupait « une chambre de VRP », s’amuse encore Ivan Levaï qui, accompagné de son épouse de l’époque, Anne Sinclair, avait passé cette journée historique avec le futur président de la République.

Tous les témoignages de ceux qui ont vécu cette soirée si particulière concordent : le premier président socialiste de la Ve République restait impavide et impénétrable. Une ambiance monacale loin, très loin des manifestations de joie qui inondaient la place de la Bastille malgré la foudre d’un orage resté mémorable.

Comme s’il regrettait d’avoir attendu si longtemps d’arriver enfin au pouvoir, à 65 ans, après vingt-trois longues années d’opposition et deux tentatives malheureuses en 1965 et en 1974…

Quelques jours plus tard, plus personne ne pensait au Vieux Morvant. Place était faite à la cérémonie grandiose organisée par Jack Lang et Serge Moatti au Panthéon. Tous les fidèles du nouveau chef de l’Etat étaient là, rue Soufflot, au cœur du quartier Latin : Pierre Mauroy, Roland Dumas, Pierre Bérégovoy, André Rousselet, Roger Patrice-Pelat… Patrice-Pelat précisément, homme d’affaires sulfureux, décédé en 1989 alors qu’il était empêtré dans le scandale du délit d’initié de Péchiney. Avec Jean Riboud, président de Schlumberger, et François Dalle, qui dirigeait L’Oréal, il faisait partie du cercle des capitaines d’industrie qui étaient très proches du pouvoir socialiste. Qui s’en est indigné parmi tous ceux qui fustigent la proximité de Nicolas Sarkozy avec un Bolloré ou un Lagardère ?

La Porsche de DSK. Comment a-t-il pu tomber dans un tel piège ? A un an de l’élection présidentielle, l’image de Dominique Strauss-Kahn et d’Anne Sinclair grimpant, tout sourire, dans la Porsche de l’un de leurs conseillers en communication est désastreuse pour celui que les sondages et les leaders d’opinion célèbrent quotidiennement. Souvenez-vous de Barre en 1987, Balladur en 1994, Jospin en 2001 ou Royal en 2006, tous élus avant même que l’élection n’ait lieu…
Le statut de favori n’est pas le moins contraignant. DSK le mesure tous les jours.

Et, pourtant, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances a bien pris soin de s’entourer d’une armée de communicants, tous formés à l’école Séguéla, celle d’Euro-RSCG. L’épisode de la Porsche est donc incompréhensible. Tout simplement surréaliste…

Trêve d’hypocrisie. Tout le monde sait fort bien que DSK n’a pas le train de vie d’un smicard. Comme Nicolas Sarkozy, le patron du FMI cultive un rapport décomplexé avec l’argent. Soit. Sauf qu’on est en France et que la politique est avant tout affaire de symboles. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où fric et politique se côtoient joyeusement sans que personne n’y trouve rien à redire.

La liberté de Devedjian. « Le symbole prend souvent plus d’importance que la réalité. C’était hier le Fouquet’s, aujourd’hui la Porsche », analysait le week-end dernier Patrick Devedjian dans Le Monde.

L’ancien ministre de la Relance est mieux placé que quiconque pour mesurer les dégâts du « bling bling » du début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il préside le Conseil général des Hauts de Seine, le fief du chef de l’Etat. Aux dernières élections cantonales, les fidèles de Nicolas Sarkozy – dont la très controversée Isabelle Balkany – ont été balayés. Ecarté du gouvernement comme Brice Hortefeux et Christian Estrosi, il fait partie des rares sarkozystes historiques libres et lucides.

Un conseil : lisez-le. « Il y a un vrai divorce entre le fond et la forme. Nicolas Sarkozy a réalisé des réformes considérables qui resteront, mais il pâtit de sa spontanéité. On peut faire un parallèle avec Valéry Giscard d’Estaing qui a transformé la société française mais dont la personnalité était, elle aussi, contestée ». Rien à ajouter.

Romain Thomas