
Eric Romain : Vous êtes très populaire dans le coeur des Français, plusieurs générations vous connaissent, en êtes-vous étonnée ?
Marlène Jobert : Je ne sais pas, car il y a quand même un petit creux entre les 30/40 ans. Les trentenaires qui ont des enfants me connaissent, mais ceux qui n’ont pas d’enfants ne me connaissent pas bien.
E.R. : Quel lien avez-vous avec vos fans, essentiellement par un échange de courriers ?
M.J. : Oui, par courrier, par rapport à mes contes ! Je reçois des lettres de grands-mères qui me disent : « Pour Noël, mon petit-fils nous a demandé un violon, nous n’avons pas compris pourquoi et après nous avons compris, c’est grâce à votre conte sur Vivaldi ». Pour moi, c’est une belle reconnaissance, le but est atteint !
E.R. : Vous rappelez-vous la fois où votre premier conte est sorti ?
M.J. : C’était il y a vingt ans.
E.R. : Vous sortez de nouveaux coffrets pour Noël ?
M.J. : Oui, il y a un coffret de trois contes et un coffret simple. Tout d’abord, « L’arbre qui pleure » pour faire aimer et découvrir Mozart ; ensuite, « Une nuit bizarre, bizarre » pour faire aimer Jean-Sébastien Bach et le dernier s’intitule « Curieux Noël pour un vieux Grigou » sur la musique de Verdi. Cette collection s’appelle « Contes et grandes musiques » et doit faire découvrir les grands compositeurs. Je me débrouille toujours à partir d’un conte fantastique pour que les enfants ne puissent pas faire autrement que de trouver jolie la musique classique. Alors évidemment, je choisis de cours extraits facilement mémorisables qui sont bien représentatifs de l’oeuvre du compositeur et j’écris une histoire dans laquelle cette musique ne joue pas le rôle d’une illustration sonore, mais où elle est vraiment intégrée au récit.
E.R. : Et l’autre collection ?
M.J. : J’ai une autre collection qui s’appelle « Un jour tout là-bas » où je leur fais découvrir cette fois les pays, coutumes, cultures et musiques des pays lointains. J’ai travaillé sur la Chine, l’Afrique, le Pérou, l’Inde, l’Irlande et l’année dernière l’Egypte antique. Et suite au succès de celui sur l’Egypte, je suis en train de réfléchir pour faire un conte sur la reine Néfertiti.
E.R. : Vous êtes une lève-tôt paraît-il ?
M.J. : Oui j’aime le matin ! J’aime bien me lever tôt pour regarder la nature, voir comment sont les arbres… Alors, je me réveille vers sept heures et demi, mais il m’arrive aussi de me lever quelque fois la nuit car j’ai une idée qui jaillit et j’ai envie de l’écrire noir sur blanc pour voir si elle est intéressante. D’ailleurs, le matin, il m’arrive de la relire et de tout jeter à la poubelle !
E.R. : Avez-vous besoin de vous isoler totalement pour écrire ?
M.J. : Quand je suis en pleine recherche d’idées même la musique me gène et Dieu sait si je l’aime et je travaille là-haut dans mon bureau. Souvent, je suis prise par le temps et je travaille sur mes contes toute la journée, c’est pour cela que je n’aime pas être interrompue !
E.R. : Quelle est votre journée type ?
M.J. : C’est très variable mais j’écris, je suis au téléphone, je jardine avec mon petit jardinier, j’ai fait moimême tous les plans du jardin.
E.R. : Recevez-vous beaucoup de monde ici en Normandie ?
M.J. : Pas beaucoup non, j’aime trop ma liberté ! J’aime pouvoir me lever et écouter la musique très fort si je veux… Quand j’ai de la famille qui dort là haut, je suis bien sûr contente de les avoir, mais au bout de deux ou trois jours, j’aimerais bien écouter de la musique et on a pas le même genre d’horaires. C’est-à-dire qu’eux, ils se lèvent à onze heures et moi je suis debout depuis sept heures et demi.
E.R. : Vous avez, paraît-il, un grand sens de l’esthétisme ?
M.J. : J’aime avoir l’oeil satisfait quelque soit la direction où je regarde.
E.R. : La famille au coin du feu devant la cheminée avec le chien à côté, c’est un cliché pour vous ?
M.J. : Non, c’est comme cela que je vois la vie !
E.R. : Et Paris vous manque ou pas du tout ?
M.J. : Oui un peu ! Vous savez, moi, j’adore Paris, j’adore me balader sur ses avenues, mais c’est le stress. A Paris, on est toujours en retard, toujours pressé, c’est dommage car c’est vraiment une très belle ville.
E.R. : Si on faisait un petit retour sur votre carrière au cinéma, la décision d’arrêter, a-t-elle été difficile à prendre ?
M.J. : Tout le monde était désespéré lorsque j’ai arrêté mais il faut me comprendre, je ne pouvais pas tout faire ! Pour moi, arrêter de tourner n’a pas été très dur. J’éprouvais de moins en moins de plaisir et ce que l’on me proposait ne m’intéressait pas beaucoup et parallèlement, j’avais découvert l’écriture. Et surtout, j’en avais assez de laisser mes filles pour partir tourner des choses qui ne m’intéressaient qu’à moitié.
E.R. : Votre fille Eva a suivi vos traces, elle tourne beaucoup à l’étranger. Pensez-vous y être pour beaucoup ?
M.J. : Je lui ai déconseillé fermement de ne pas faire ce métier, mais au départ elle était surtout attirée par la mise en scène.
E.R. : Quel regard portez-vous sur sa carrière ?
M.J. : Je trouve qu’elle s’en fait un peu trop. Elle est très douée mais mon Dieu que ce métier reste difficile ! On dépend de trop de monde !
E.R. : Parlez nous des animaux qui ont jalonné votre vie.
M.J. : J’ai eu une chienne juste avant Greenfield, un Toy, un Caniche nain magnifique.
Elle s’appelait Chipie et je l’ai gardée dix-huit ans. Après je n’en voulais plus et puis un jour, Eva est arrivée et elle m’a apporté une petite boule de poils qui avait quatre mois. Elle s’appelle donc Greenfield.
E.R. : Vos filles, comment sont-elles avec Greenfield ?
M.J. : Gaga ! On est tous gaga avec ce chien, c’est le chien de la famille !
E.R. : Quel tempérament a-t-il ?
M.J. : Il a du caractère et en même temps, il adore les câlins à un point que vous ne pouvez même pas imaginer, et surtout il aime beaucoup s’amuser !
E.R. : Où dort-il ? Dans votre chambre ?
M.J. : Non, il ne dort pas dans ma chambre ! Il reste devant la porte dans son panier.
E.R. : D’où vient Greenfield ?
M.J. : Il vient de Bourgogne, c’est un Border Terrier.
E.R. : Que fait votre fille Joy ?
M.J. : Elle élève des chevaux juste à côté. Elle adore les chevaux, et bien sûr Greenfield !
E.R. : Vous reverra-t-on bientôt à nouveau au cinéma ?
M.J. : Je n’ai plus envie de cela, j’aime trop ce que je fais aujourd’hui !





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