Menton : Thierry Giorgio en colère ! Le musée Cocteau pose problème...

Suite à notre article sur le musée Cocteau paru le 12 mai dernier, le député-maire de Menton Jean Claude Guibal avait attaqué Romain Thomas, le directeur de publication du Petit Niçois pour diffamation publique. En marge de ce dossier nous avons voulu connaître l'opinion de Maître Thierry Giorgio, avocat au barreau de Nice et farouche opposant à la politique Guibaliste orchestrée en sous-main par la sénatrice Colette Giudicelli.
LPN : Dans quelques jours sera inauguré à Menton le musée Cocteau. Vous avez souhaité vous exprimer sur ce que vous appelez le « dossier Cocteau ». Pourquoi ?
Thierry Giorgio : Je m'exprime publiquement sur la donation d'œuvres de Cocteau à la Ville de Menton depuis ma campagne de 2008, la dernière publication à ce sujet sur mon blog datant du 3 juin 2011.
Je n'entends pas limiter mon propos au seul parti pris architectural du nouveau musée, qui me fait penser à une prothèse dentaire ! De même faut-il s'exprimer sur la coexistence de deux musées Cocteau... dans la même ville ?
En fait, ce dossier pose des interrogations essentielles. L'une d'entre elles, et pas des moindres, consiste à essayer de comprendre comment et pourquoi le maire de la ville de Menton, qui revendique à longueur de journées l'excellence de sa gestion, a accepté sans aucune concertation de recevoir une donation valorisée à 7 millions d'euros tout en s'engageant à construire un édifice dont le coût dépasserait allègrement les 10 millions d'euros… ?
LPN : Il semble que le donateur, feu M. Wundermann, ait imposé la construction d'un musée en contrepartie du don ?
T.G. : En êtes-vous certain ? En avez-vous la preuve ? Vous venez de mettre le doigt sur une autre interrogation essentielle de cette affaire : soit il s'agit d'une « donation à charge », c'est à dire d'une donation imposant à la ville de Menton de construire un musée, soit il s'agit d'une « donation simple » ? Pour répondre, il faut avoir accès à l'acte de donation. Je n'en ai personnellement pas connaissance, et les Mentonnais ne le connaissent que par bribes et affirmations contenues dans des articles de presse. Un tel acte doit être intégralement porté à la connaissance du public. Ce n'est toujours pas le cas à ce jour. On est, dès lors, en droit de se poser la question de savoir si feu M. Wundermann a réellement exigé comme charge de la donation, la construction d'un musée ou s'il ne s'agit pas d'un engagement personnel du maire ? Comment comprendre autrement l'aspect financier de ce dossier ? D'un point de vue strictement comptable, le maire avait l'obligation de refuser une donation dont la charge financière est supérieure à la valeur des objets donnés... Je profite d'ailleurs de votre publication pour demander au maire de Menton qu'il me communique cet acte, qui me concerne comme il concerne chacun des contribuables. Cela permettra également de connaitre enfin avec précision le détail des œuvres si généreusement données...
LPN : C'est-Ã -dire ?
T.G. : Il s'agit là en effet d'un autre point essentiel : outre le fait que le nombre d'œuvres données évolue au gré des publications, la question de l'authentification et donc de l'évaluation de ces dernières reste posée. Revenons aux principes : si le fait de donner comporte légalement un avantage fiscal pour le donateur, il est essentiel pour le donataire de connaître avec précision la valeur de ce qui lui est donné notamment dans ce domaine très sensible d'œuvres d'art et de financement public.
Ce préalable définit la sincérité des œuvres, mais aussi et surtout la sincérité économique de la donation et la sincérité fiscale de cet acte. Seul un expert attitré est à même d'authentifier et d'évaluer les biens donnés. Peut-on imaginer que la Ville de Menton se soit engagée dans une telle opération sans la garantie préalable d'une expertise menée par une autorité compétente et indépendante ? Aussi incohérent que cela puisse paraître, cela semble être le cas ! Alertée par Monsieur Hugues de la Touche, conservateur des musées de la Ville de Menton (dont la réintégration dans son emploi au sein de la commune de Menton vient d'être ordonnée par la Cour administrative d'appel de Marseille), cette dernière va organiser un « comité scientifique » dont l'une des attributions principales sera de faire le tri entre les œuvres originales de Cocteau et celles qui ne peuvent lui être attribuées... !
LPN : Vous indiquez par là qu'il s'agissait donc d'identifier dans la donation des œuvres qui ne seraient pas de la main de Jean Cocteau ? Qu'est-ce qui vous autorise à le prétendre ?
T.G. : Le maire de Menton lui-même (et pour une fois je peux lui faire crédit), lequel au vu des conclusions de ce comité a déclaré qu'effectivement des œuvres posaient problème... Cela signifie qu'une partie des objets donnés ne peut être attribuée à l'artiste, et qu'il ne s'agit donc pas d'œuvres authentiques.
LPN: Donc il y a eu expertise révélant des œuvres suspectes ?
T.G. : Pas par une autorité reconnue comme un expert spécialisé, compétent et indépendant de toute forme d'influence. Les conclusions dudit comité et/ou d'une expertise sur papier en-tête de la Ville sont insuffisantes à définir très précisément l'ampleur du problème. Il faudrait à présent véritablement expertiser toute la collection donnée, et pour cela préalablement la faire mettre sous scellés. Cette conclusion s'impose. J'ai poussé mes investigations. C'est ainsi que j'ai appris que la collection Wundermann se serait vue opposer plusieurs refus. Ainsi par : le musée d'Irving, le Laguna Beach Museum, le Hungtington Art Gallery et le Newport Harbor art Museum. Puis, j'ai découvert qu'une « Severin Wundermann Foundation » conservait une partie des œuvres de Cocteau et en disposait dans le cadre de ventes internationales recensées sur Internet
Enfin, j'ai surtout pu observer le travail accompli par Madame Annie Guedras, membre de l'Union des experts et seul expert habilitée et reconnue de l'œuvre de Cocteau. Madame Annie Guedras n'a pu examiner que quelques éléments de la donation à la demande de Monsieur Hugues de la Touche. Ses conclusions sont plus qu'inquiétantes. Je vous livre copies de ses lettres en date des 26 mai 2008 et 16 juillet 2009. Je détiens en outre le détail des investigations menées par Madame Annie Guedras sur les quelques lithographies qu'elle a pu examiner. Dans sa correspondance du 16 juillet 2008, Madame Guedras fait expressément référence à des œuvres « douteuses ou contrefaites » et de « faux » présents dans la collection Wundermann. Dans celle du 26 mai 2008, elle explique qu'elle a du intervenir dans le cadre d'une exposition Wundermann au Japon pour faire retirer du catalogue des
« fausses œuvres ».
LPN : Vous êtes en train de me dire que la Ville de Menton aurait reçu des œuvres en totalité ou pour partie « fausses, contrefaites ou douteuses », ce qui nécessiterait à présent une expertise, cette dernière n'existant pas préalablement à la donation ?
T.G. : C'est exactement cela, mais dès lors, on est en droit de se poser d'autres questions.
LPN : Lesquelles ?
T.G. : Il paraît difficile d'admettre que la Ville de Menton puisse se satisfaire de « receler des faux ». Il lui appartient donc d'engager les procédures correspondantes à l'encontre de la succession Wundermann, sauf à avaliser le fait d'avoir été abusée, ce à quoi personnellement je me refuse. De même, la Ville doit demander des comptes à la succession Wundermann : en effet, il n'est plus possible de maintenir une situation qui révèle que les valeurs économiques et donc fiscales de la donation sont fausses ! Ceci revient à procurer un avantage fiscal illégal au donateur, tout en affectant gravement l'équilibre économique de l'acte, les finances publiques et le patrimoine de la Ville de Menton. On touche ici à un des socles de notre République : la confiance publique.
Aucun élu ne peut rester inactif sauf à ce que l'opinion considère qu'il prête la main à ce genre de situation, ce qui le discrédite, discrédite l'image de la ville et de plus maltraite injustement celui qui a véritablement tant donné à notre cité : Jean Cocteau.
LPN : Qu'envisagez-vous de faire dans l'hypothèse ou le maire ne mettrait pas en œuvre les procédures considérées ? Un dépôt de plainte entre les mains de Monsieur le Procureur de la République de Nice ?
T.G. : Votre question m'amène à vous faire savoir que la dernière fois que j'ai signalé par écrit à Monsieur de Montgolfier des faits nécessitant l'ouverture d'une simple enquête, dans le respect de la présomption d'innocence et relativement aux cigares fumés par un élu mais payés au moyen des deniers publics, ce dernier m'a répondu qu'il n'entendait pas donner suite à mon signalement car je manifestais des signes « d'inimitié » à l'attention de Monsieur Guibal...
Voilà donc qu'à présent, dans ce coin de France, pour déposer plainte contre quelqu'un il faudrait, selon la jurisprudence locale de ce procureur, être... son ami ! Dès que le temps m'en sera donné, je rédigerai un article de doctrine dans une revue professionnelle spécialisée que j'intitulerai : « De l'effet de l'amitié sur l'ouverture ou non d'une enquête préliminaire ». J'y commenterai quelques cas d'espèce vécus.
Ceci étant, pour le « dossier Cocteau », un signalement –
« amical » évidemment – au sens de l'article 40 du Code de procédure pénale, a été régularisé. Pas par moi bien sûr !
Enfin, on peut s'interroger sur le rôle de l'opposition, celle qui a accepté de siéger avec la majorité municipale, mais qui conserve imperturbablement le silence... Est-ce pour approuver... ?


